Une Passerelle, pour relier… Rencontre avec Pascal Jaskula
La France entière en a entendu parler au « Fou du Roi » sur France Inter. Guy Carlier est venu y monter son spectacle, tout comme le fantasque Jean-Michel Ribes. Bernard Lavilliers y revient régulièrement et y chante « Fensch Vallée »… La salle de spectacle de Florange est aujourd’hui un lieu phare de la culture en Lorraine. Les explications de son responsable, Pascal Jaskula.
Mylorraine.fr : La Passerelle, c’est déjà toute une histoire…
Pascal Jaskula : La Passerelle existe depuis 1994 dans sa configuration actuelle de 442 places assises ou 1000 debout. La salle a été construite sur un terrain entre le vieux village et la cité. Il est sensé faire le lien entre ces deux endroits. D’où son nom. Avant, je travaillais à Hagondange à la Salle Paul Lamm et on partageait déjà l’esprit qui est encore celui de la Passerelle aujourd’hui. Quand je suis arrivé en 2000, mon prédécesseur avait déjà initié une vraie politique de proximité. Ce n’est pas évident mais notre objectif, au-delà de la programmation, est de faire de la Passerelle un lieu de vie, avec un état d’esprit.
M. L. : Qu’est-ce qui fait la réputation de la Passerelle ? Ce n’est pas juste sa programmation…
P. J. : Au-delà de la programmation, il y a un état d’esprit et des petites « opérations de communication », un travail de relations publiques. En 2003, on a accueilli Manu Chao, à une époque où il faisait 8 dates en France. C’est lui et son équipe qui ont choisi le lieu. Il voulait revenir sur les traces de la Mano Negra. Quand jetravaillais à Hagondange, on avait voulu faire les Négresses Vertes, mais on n’avait pas un sou. On a appelé alors les gens de Corrida (N.D.R. : qui fut le tourneur des Négresses Vertes, mais aussi de la Mano Negra, Zebda…), leur expliquant qu’on voulait ce groupe plus que tout, qu’on ferait tout le boulot et qu’on leur laisserait l’intégralité de la recette. Ils nous ont fait entièrement confiance et tout s’est bien passé. Si bien qu’en 2003, Corrida l’a envoyé vers nous pour organiser le concert. Les billets se sont vendus en 2 heures, donc forcément, ça a attiré les médias. Et positionné le lieu. Tout comme lorsque Bernard Lavilliers a fait l’objet d’un reportage à Envoyé Spécial en 2003 : le reportage comportait 15 minutes d’images de la vallée de la Fensch et des images de son concert à la Passerelle !
M. L. : Rappelez-nous l’histoire qui vous lie à Guy Carlier…
P. J. : Aux débuts du Fou du Roi sur France Inter, je découvre Guy Carlier et j’étais persuadé que, comme ses congénères de l’émission, il faisait un spectacle à la scène. Je l’appelle et il me dit que ce n’est pas le cas, tout en admettant qu’il aimerait bien faire un one-man show un jour. Je le relance un an plus tard, et il se trouve que Vincent Rocca (autre chroniqueur au Fou du Roi) était venu entre temps à la Passerelle. Il lui avait dit tellement de bien de la salle qu’il est venu monter son spectacle chez nous ! Par la suite, on a accueilli deux fois l’équipe du « Fou du Roi » pour une émission en direct, dont une spéciale Bernard Lavilliers et une autre avec Patricia Kaas et Yves Simon. Au début, ce n’était pas gagné, les gens de France Inter étaient dubitatifs. Mais je suis quelqu’un qui fonctionne au culot. Je leur ai envoyés un colis de 7 kilos avec tous les documents qui présentaient tous les aspects de la vallée de la Fensch. Bref, je faisais la promotion du territoire ! Ils n’avaient jamais vu ça. Par la suite, dans l’émission, ils n’arrêtaient pas de faire des clins d’œil à la Passerelle. Lorsqu’un artiste passait dans l’émission et qu’ils annonçaient une date à la Passerelle, ils reprécisaient bien « chez notre ami Pascal »…
M. L. : Quel artiste aimeriez-vous faire venir et n’avez-vous pas encore réussi à programmer ?
P. J. : Je suis un grand fan de Souchon, mais c’est quelqu’un de très timide, qui n’aime pas jouer dans les petites salles. De la même manière, je lui ai fait un courrier où je raconte comment à 14 ans, j’allais acheter ses disques en mobylette, au Prisunic de ma ville… Mais je n’ai pas encore reçu de réponse…
M. L. : Vous cultivez une certaine complicité avec les artistes…
P. J. : Guy Carlier me disait que je rentre en connexion avec les artistes par le biais de la maladie. Il faut dire qu’à l’époque où on s’est rencontré, il souffrait de son obésité. J’ai longuement discuté avec un autre artiste dont je ne citerai pas le nom, un vrai écorché qui m’a raconté sa vie sentimentale pendant des heures et me confiait à la fin « c’est des gens comme toi qui devraient s’occuper de moi ». Les artistes aiment être pris en charge collectivement par une équipe. A la Passerelle, les soirs de spectacle, tout le monde mange ensemble. Ceux qui sont habitués aux théâtres parisiens sont surpris mais ça leur plaît. Parce qu’on travaille tous sur le même spectacle. Ils aiment la notion de troupe. Ca me vient de ma pratique du théâtre. A 15 ans, je jouais dans une troupe d’amateurs, le Théâtre des Trois Vallées, qui avait aussi une vie de troupe et jouait un théâtre militant. On avait d’ailleurs joué devant les bureaux où sont actuellement Arcelor Mittal…
M. L. : Cette année, vous accueillez Guy Bedos, Bernard Lavilliers, Olivier de Benoist, Kev Adams, Cali, Pascal Légitimus, les Têtes Raides… sur quels critères établissez-vous votre programmation ?
P. J. : J’ai bien-sûr ma sensibilité, mais une sensibilité basée sur l’écoute des gens. Un programmateur ne peut pas penser à tout. Ni tout prendre en compte. On ne fait pas de jazz ou de danse, parce qu’il y a d’autres lieux pour ça. Je pense qu’il est important qu’il y ait des salles généralistes. Amener le public au spectacle, ce n’est pas toujours facile. « Les spectateurs veulent être surpris avec ce qu’ils attendent » disait Tristan Bernard. Il faut donc faire des compromis, sans vendre son âme ou tomber dans la médiocrité. On propose aussi des spectacles « découverte », des prix accessibles, avec des places pour les jeunes à 10 €. Mais on ne peut se permettre de programmer des choses plus pointues qu’on verra plutôt dans des Scènes Nationales. Car si nous avons le soutien de la ville, du département et de la région Lorraine, nous n’avons pas celui de l’Etat, si bien que nous ne pouvons prendre plus de risques. J’ai d’ailleurs interpellé le Ministre de la Culture dernièrement pour lui expliquer notre situation. Il m’a promis de me recontacter sous 15 jours et ça fait déjà 6 mois. Si bien que l’autre jour, Guy Carlier a parlé de cet épisode dans sa chronique matinale sur Europe 1, en rappelant au ministre de la Culture qu’il s’était engagé à recontacter « le programmateur de cette petite salle de province qui l’avait interpellé » !
Plus d'informations :
La Passerelle
50, avenue de Lorraine
57190 Florange
03 82 59 17 99
Crédit photo : Arnaud Hussenot



