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Sur les traces du "Grand Meaulnes"

Nombreux sont les artistes et écrivains à avoir connu les combats de 14-18. Parmi eux, Alain-Fournier, qui a laissé sa vie en Meuse, à Saint-Rémy-la-Calonne, en septembre 1914. Son seul roman, "Le grand Meaulnes", publié en 1913, est un classique. Aujourd'hui, à Saint-Rémy, on commémore les écrivains combattants

Alain-Fournier n'aura eu le temps d'écrire qu'un seul roman dans sa courte vie. Mais quel roman ! Et un livre dont le temps ne démentira pas le succès. Né dans le Cher en 1886 de parents instituteurs, Henri-Alban Fournier fait d'honorables études à Paris. A 17 ans, il écrit ses premiers poèmes. Alors que tout le destine à l'enseignement, il échoue de peu au concours et part faire son service militaire entre 1907 et 1909 où il obtient le grade de sous-lieutenant. Suite à quoi il devient chroniqueur littéraire pour le compte de la presse parisienne. Il rencontre à cette époque André Gide, Paul Claudel et Charles Péguy dont il restera très proche. Ses premiers écrits publiés (poèmes, contes…) signés de son nom de plume Alain-Fournier ne passent pas inaperçus. Durant l'année 1913, il publie dans la Nouvelle Revue Française un premier roman qu'il a patiemment écrit : "Le grand Meaulnes", qui raconte le parcours d'initiation au merveilleux et au rêve du jeune Augustin Meaulnes, parti à la recherche de l'infini à travers l'amour. L'ouvrage manquera de peu le prix Goncourt mais sera quasi-unanimement salué par la critique.

Mobilisé dès la déclaration de guerre en qualité de lieutenant, Alain-Fournier rejoint le 288ème régiment d'infanterie à Mirande, dans le Gers. La 23ème compagnie qu'il dirige part alors pour Etain, en Meuse. Le 22 septembre, il reçoit l'ordre d'effectuer une reconnaissance offensive sur les Hauts-de-Meuse, en direction de Dommartin-la-Montagne, à 25 kilomètres au sud-est de Verdun. Arrivé à la Tranchée de Calonne, cette route forestière qui relie Hattonchâtel à Verdun et ne traverse aucun village, il est rejoint par le capitaine de Gramont qui prend le commandement des opérations. Ils rejoignent la 22ème compagnie qui a ouvert le feu… sur un poste de secours allemand ! Ils vont être alors pris à revers par l'ennemi et décimés par la mitraille. 3 officiers, dont Alain-Fournier et 18 hommes sont tués ou grièvement blessés. Selon certaines sources, Fournier et ses hommes auraient reçu l'ordre de tirer… sur des brancardiers, ce qui aurait déchaîné la colère des Allemands qui n'auraient pas fait "de quartier". Les Français blessés auraient même été achevés, et tous enterrés à la hâte au soir de l'évènement. Si bien que l'escouade et Fournier resteront longtemps "portés disparus". Rapportée par la presse, la disparition de l'écrivain émouvra ses contemporains. Mais ce n'est qu'en juin 1920 qu'il sera officiellement déclaré "mort pour la France", décoré de la Croix de guerre avec palme et nommé chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume.

Durant trois-quarts de siècle, le lieu de la sépulture restera inconnu. Même si une première stèle rappellera longtemps les évènements arrivés dans ce secteur. Le corps d'Alain-Fournier et ceux de ses vingt compagnons d'armes, originaires pour la plupart du Gers, seront localisés en mai 1991 par M. Jean Louis, un habitant de Lacroix-sur-Meuse. Un groupe de personnes attachées à la mémoire d'Alain-Fournier s'était en effet mis en recherche de l'emplacement exact de l'assaut et de l'endroit où pouvaient se situer les restes de l'écrivain. En s'aidant des récits d'un rescapé et de détecteurs de métaux, ils sont parvenus à localiser l'endroit où les soldats du 288ème R.I. avaient été enterrés à la hâte. A la fin de l'année, les autorités compétentes purent exhumer les corps et les authentifier essentiellement grâce aux vêtements : les pantalons rouges de l'Armée Française au début de la guerre, les insignes des gradés attestant de la présence d'un lieutenant, les équipements typiques d'un régiment de réserve comme le "288ème", leur taille… A défaut de papiers militaires ou de plaques d'identité vraisemblablement détruites par l'ennemi, ces détails ont permis d'attester que le lieutenant Henri-Alban Fournier figurait bien au nombre des corps retrouvés. Par chance, aucune autre bataille n'eut lieu dans ce secteur lors des 4 années qui suivirent et la sépulture de fortune était restée "intacte". Après leur autopsie qui a permis de saisir les circonstances de leur mort, les hommes se sont vus attribuer une dernière demeure dans la nécropole nationale de Saint-Rémy-la-Calonne où ils reposent.

Aujourd'hui, l'endroit est clairement identifié. Dans une clairière, une nécropole, une stèle et différents panneaux rappellent les évènements. En mai 2011, une première manifestation littéraire organisée par la communauté de communes du canton de Fresnes-en-Woëvre et intitulée "le printemps du Grand Meaulnes" avait été organisée pour valoriser et transmettre à la fois cette part de patrimoine culturel, littéraire et historique du lieu. Là, on a choisi de répondre à la guerre par la littérature. Entre salon du livre, visites et lectures, la seconde édition mettra à l'honneur un autre auteur tué lors de la Première Guerre Mondiale : l'instituteur franc-comtois Louis Pergaud, prix Goncourt en 1910, mort pour la France le 8 avril 1915 à quelques kilomètres de Saint-Rémy-la-Calonne, à Marchéville-en-Woëvre, et auteur de la fameuse " Guerre des boutons".

Pour plus de renseignements

  • Saint-Remy-la-Calonne, France
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A propos de l'auteur : Adrien verif

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