Sur le tournage du prochain film de Jérôme Jacob, "Le berceau des ombres"
Le jeune réalisateur Jérôme Jacob n'en finit plus de réaliser des films dans sa Moselle natale. Après "Rothenberg" et "la Ligne", nous avons rencontré l'équipe sur le tournage du "Berceau des ombres" qui prend de nouveau pour décor… un bunker de la Ligne Maginot. Et tout a été fait pour que le résultat soit digne d'un vrai film de cinéma !
Synopsis : Alertés par les circonstances étranges d'une disparition, des scientifiques spécialisés dans le paranormal vont pénétrer dans les profondeurs d'un ancien bunker afin de poursuivre l'enquête. Au sein d'un univers angoissant ils vont découvrir l'inconcevable et réveiller une force obscure. Une traque infernale au coeur des ténèbres va alors s'engager… Avec Matthias Pohl, Jérôme Jacob, Jonathan Riggio, Aurore Sellier, Laurette Scarlatta…
On connaissait son intérêt pour les thrillers qui lorgnent vers le fantastique depuis "Rothenberg". Jérôme Jacob aime définitivement suggérer l'angoisse. Aller au bout de ses rêves ne l'angoisse d'ailleurs pas, puisque depuis 2 ans maintenant, il réalise ses propres films, s'entourant de jeunes talents (comédiens, techniciens…) et trouvant dans les environs de Bouzonville les décors nécessaires à sa production, dont le Fort aux Fresques de Hestroff où nous l'avons rencontré ainsi que toute l'équipe. Pour "Le berceau des ombres", il a enrôlé Matthias Pohl, ce comédien belge d'origine allemande connu du public français pour avoir gagné la deuxième saison de l'émission-jeu de télé-réalité "Secret Story".
Mylorraine.fr : Jérôme, que s'est-il passé depuis que vous avez présenté "La Ligne" au Short Film Corner de Cannes ?
Jérôme Jacob : Ce film m'a permis de toucher le monde professionnel. Je ne viens pas du monde du cinéma en tant que réalisateur, je suis autodidacte. "La Ligne" m'a permis d'accéder au monde "pro" et de montrer qu'on est capable de faire un film qualitatif, sélectionné dans un gros festival. L'objectif de ce film était aussi de trouver un distributeur pour "Le berceau des ombres". On a obtenu les contacts de 2 distributeurs français qui ont accroché au scénario, qui ont vu des photos… Maintenant, il faut qu'ils voient les images, que ça leur plaise… Rien n'est fait, mais on a deux belles portes ouvertes. On a fait du bon travail sur le tournage, il nous reste le montage… A nous de les convaincre.
M. L. : C'est le troisième film que vous tournez dans les casemates de la ligne Maginot. Que n'aviez-vous pas déjà fait ? Vous n'en êtes pas lassés ?
J. J. : Le premier film, "Rothenberg" était un film tourné avec une caméra numérique et beaucoup d'improvisation… A l'époque, je me disais "il faut croire en ses rêves", on a fait ce film-là, et il a trouvé son public. Ce n'est pas le meilleur film du monde, mais un petit film sympa, avec lequel on a pu faire quelques projections. Mais je n'ai pas pu exploiter à fond le thème de l'angoisse. Finalement, "Rothenberg", était un peu un pilote pour "Le berceau des ombres". J'ai compris qu'il était possible de suggérer l'angoisse simplement avec des vues de galerie où il ne se passe rien, juste avec des bruits, une profondeur. J'ai réutilisé tout ça avec un vrai scénario, des personnages, quelque chose de plus construit. "La Ligne", c'est un film à caractère historique, dans une casemate rénovée par un privé. Mais cette fois, c'est fini les bunkers. (rires)
M. L. : Cette fois, c’est donc dans le Fort aux Fresques de Hestroff que vous avez tourné. Vous pouvez nous en dire quelques mots ?
J. J. : Je le connais depuis que je suis petit. Je savais qu'il avait du potentiel. La première fois que je suis venu, mon père était maire de la commune. Le puits de Hestroff était raccordé au puits du Fort. Et lorsqu'il y avait des coupures d'eau, il fallait descendre dans le Fort pour réamorcer la pompe. Je l'accompagnais, il n'y avait pas d'éclairage, on avait une toute petite lampe de poche, et je me serrais contre lui, j'avais 7 ou 8 ans… Cette angoisse que j'ai ressentie quand j'étais petit, je la retranscris dans ce film. Pour l'anecdote, mon grand-père a aussi fait la guerre ici.
M. L. : Et pour ce qui concerne le financement du film ?
J. J. : Le coût du film est évalué entre 100 et 150 000 euros. Mais c'est une somme qu'on n'a pas eu besoin d'investir. Si on avait du reconstituer le décor, ça nous aurait coûté des millions. Donc, le film est basé sur le décor. Ce qui coûte hormis le matériel, c'est l'humain. Mais beaucoup de gens ici sont venus dans cette aventure par passion et des partenaires privés des environs nous ont beaucoup aidés. Ces coûts sont chiffrés, mais pas forcément dépensés. Les acteurs ont un cachet, et tous sont intéressés au bénéfice. Ils viennent aussi cherche un premier rôle. Mettre une ligne sur son CV stipulant qu'ils ont eu un premier rôle dans un long métrage peut valoir plus que de toucher de l'argent parce que ça peut avoir une incidence sur une carrière. Après, le milieu du cinéma est très subventionné, et les films de genre sont mal vus…
M. L. : Racontez-nous votre rencontre avec Matthias Pohl, qui est surtout connu comme mannequin et star de télé...
Matthias Pohl : Pour "La Ligne", Jérôme avait travaillé avec des comédiens belges dont un avec qui j'ai travaillé sur un autre film en Belgique…
J. J. : Avec Matthias, quand on s'est rencontré, on a eu une grande discussion parce que lui passe du mannequinat à la télé puis au cinéma. Si le film se plante, il peut en subir les conséquences. Je lui ai proposé un premier rôle qu'il n'aurait pas pu avoir tout de suite ailleurs. C'est une stratégie gagnant-gagnant. Il apporte une certaine notoriété, une presse parisienne, et nous un premier rôle dans un long-métrage.
M. P. : Comme il l'a dit, Jérôme est autodidacte. Moi, j'ai déjà tourné dans 14 films, 11 courts et 3 longs. J'étais assez réticent au départ. Récemment, j'ai découvert un très grand réalisateur, le Philippin Brillante Mendoza qui est aussi autodidacte. Il a tourné un film en onze jours qui a reçu un prix de la mise en scène à Cannes, son dernier film était sélectionné à Berlin... Je rencontre beaucoup de gens comme ça. L'avantage des autodidactes, c'est qu'ils ne sont pas formatés par les études. Les gens comme Jérôme qui rêvent d'un certain cinéma sont "corrompus" par ce "vieil esprit". Et puis, Jérôme est passionné. Vu les conditions dans ce bunker, il vaut mieux l'être… J'ai déjà joué des petits rôles dans des grosses productions, mais tout est tellement formaté qu'il est impossible d'apporter des idées. Jérôme a ses idées, mais avec lui, on peut apporter son âme au projet. Ici, en 2 semaines, j'ai appris beaucoup de ce challenge où on a tourné 12 heures par jours durant 2 semaines non-stop. Avant tout, je cherche une crédibilité, pas l'argent…
Découvrez quelques "images-tests" réalisées il y a un an dans le Fort aux fresques de Hestroff :