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Stanislas Leszczynski : un entretien exclusif !

A l’occasion de l’anniversaire de sa mort, le 23 février 1766 – et du rattachement de la Lorraine à la France, nous voulions nous replonger dans l’œuvre de celui que la région connaît sous le prénom de Stanislas. Soucieux de ne pas bâcler notre enquête, nous avons poussé l’investigation et nous sommes rendus à l’église Notre-Dame de Bonsecours, sur la tombe du dernier duc de Lorraine. Et là… sans invocation vaudou ni connexion wifi, nous sommes parvenus à entrer en contact avec lui ! A moins qu’il ne s’agisse d’un rêve ?
Stanislas Leszczynski
Photo Statue Stanislas Leszczynski, Place Stanislas, Nancy.
Mylorraine.fr : Altesse, première question : pouvons-nous faire cet entretien en français ?
Stanislas Leszczynski : Bien sûr, je parle et écris couramment 5 langues : français, polonais mais aussi allemand, italien et latin. Mes parents ont mis un point d’honneur à me donner une bonne éducation. J’ai étudié les langues, les lettres, les sciences… Faîtes juste attention à ne pas réveiller Catherine, mon épouse, qui dort juste à côté.
ML : Comprenez-vous qu’on s’étonne que le roi de Pologne soit devenu duc de Lorraine ?
S. L. : Allons monsieur, le duc René II était bien roi de Sicile ! Mais je vous le concède, (soupir)… mon arrivée en Lorraine n’a pas été facile. C’est une histoire compliquée. Je ne sais pas si vous avez le temps…
ML : Peut-être pas l’éternité, mon Prince, mais nous vous écoutons…
S. L. : Tout a commencé en 1697. La Pologne venait de procéder à l’élection de son roi, Auguste II. Par ce système de monarchie élective (NDLR : seuls les nobles pouvaient voter...), le trône était vite à la merci des luttes d’influences et les souverains des Etats voisins s’immisçaient volontiers dans ces querelles. Cette année là, la Suède venait de couronner Charles XII, qui n’avait que 15 ans. Pensant profiter de l’inexpérience du jeune souverain, le Tsar Pierre Ier et Auguste II ont déclaré la guerre à la Suède. Mal leur en a pris ! Non seulement les suédois les ont repoussés mais en plus, ils se sont installés en Pologne ! En 1704, Auguste II a été déposé et il a fallu élire un nouveau roi de Pologne. J’ai ainsi été élu avec le soutien du roi de Suède.
ML : Vous régnez 5 ans, jusqu’en 1709, année où votre majesté est chassée à son tour…
S. L. : Voilà. Charles XII a été battu à son tour par Pierre Ier qui l’a emprisonné en Bessarabie. (NDLR : sud-est de l’Ukraine, à proximité de l’actuelle Moldavie). Je n’avais alors pas mieux à faire que de rejoindre le roi de Suède pour lui prouver ma loyauté. Peut-être est-ce pour ça qu’en 1714, il m’a octroyé l’administration de la petite principauté de Deux-Ponts (actuelle Zweibrücken, à 20 km au Nord de Bitche). Là, je possédais un palais dont les ornementations rappellent celles que j’ai vues en Bessarabie, importées par les Ottomans. J’ai fait en sorte qu’on y pratique la musique et les arts, la philosophie et les sciences. Mais lorsque Charles XII est mort à son tour, en 1718, j’ai été contraint de quitter le lieu et de m’installer à Wissembourg, en Alsace, sur les terres de France.
ML : A ce moment-là, votre grandeur n’est pas au mieux…
S. L. : (silence) J’avoue. A ce moment-là, je crains d’être passé à côté de mon destin. J’ai d’autant plus la blouse (NDLR : le blues n’existant pas encore, Stanislas trouve ingénieusement un autre terme) que je viens de perdre ma première fille, Anna.
ML : Et là, miracle : en 1725, votre deuxième fille est choisie pour devenir reine de France…
S. L. : Ah, Marie, ma petite Marie. Elle a été choisie parmi une centaine de prétendantes parce qu’elle était catholique, d’un âge proche de celui du roi et n’avait aucun lien avec un parti ennemi. A ce moment, peu de prétendantes cumulaient ces 3 critères et le parti du roi de France voulait qu’il se mariât au plus vite!
ML : En 1733, votre rival, le roi Auguste II, meurt. Vous retournez à Varsovie, où vous êtes à nouveau élu roi…
S. L. : Mes partisans me soutiennent mais l’Empereur et la Tsarine veulent mettre le fils d’Auguste II sur le trône. Cela a déclenché une nouvelle guerre… La guerre de succession de Pologne qu’on l’a appelée. Mon gendre me soutenait, mais c’était peu face à l’Empire et la Russie réunis. A cette époque, j’ai trouvé refuge chez Frédéric-Guillaume Ier de Prusse et son fils, le futur Frédéric II, avec lesquels j’ai eu par la suite une longue correspondance. En 1738, pour mettre un terme à cette guerre, les protagonistes ont alors eu cette idée : comme François III, le Duc de Lorraine régnant venait de se marier avec Marie-Thérèse, l’infante d’Autriche, et qu’il avait de bonnes chances de devenir Empereur, on a procédé à un échange : j’ai accepté de renoncer au trône de Pologne, il recevait la Toscane et il me laissait la Lorraine. Pour le Roi de France, c’était la possibilité de prendre le contrôle de cette région qui pouvait vite basculer dans le camp de l’ennemi de par sa proximité avec l’Empire et ses accointances avec les Habsbourg d’Autriche.
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A propos de l'auteur : Adrien verif

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