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Saulxures, l’autre capitale de la montgolfière !

Tout bon lorrain connait l’éminent messin Pilâtre de Rozier qui fît beaucoup pour l’aérostatique. Mais beaucoup ignorent l’implication formidable d’Horace Benedict de Saussure qui, par ses recherches scientifiques, permit les progrès formidables qui firent s’élever les frères Montgolfier et Jean-François Pilâtre de Rozier... Retour historique sur les faits.

Horace-Bénédict de Saussure est né le 17 février 1740 à Conches près de Genève. Titulaire d’une  thèse sur la chaleur, il est également passionné par l'altitude, aussi il se rend en 1760 à Chamonix pour admirer le Mont-Blanc dont il décide d'atteindre le sommet. En1766 il fait le tour du massif du Mont-Blanc par l'Allée Blanche. En 1772, il fonde à Genève la Société pour l'Avancement des Arts. Deux ans plus tard, il entreprend à nouveau un tour du Mont-Blanc et l'année qui suit, il publie le premier volume de ses Voyages dans les Alpes. En 1783 de Saussure publie les Essais sur l'Hygrométrie. Il participe lui-même à plusieurs tentatives, notamment avec Marc Théodore Bourrit par l'itinéraire de l'Aiguille du Goûter. En 1786 il offre une prime à celui qui atteindrait le sommet du Mont-Blanc, ayant conscience que seul un montagnard expérimenté peut réaliser cette première ascension. Son mécénat est bien vite récompensé : le 8 août 1786, le guide Jacques Balmat et le docteur chamoniard Michel Paccard y parviennent.

Un an plus tard il retourne à Chamonix pour effectuer enfin l'ascension du Mont-Blanc. Il atteint le sommet le 3 août, à 11 heures du matin, accompagné de Balmat. Arrivé au sommet, il procède au calcul de l'altitude qu’il estima alors à 2 450 toises, soit 4 775 mètres, au lieu de 4 807. L'erreur est infime pour l'époque. Le 22 janvier 1799, Horace-Bénédict de Saussure meurt. Il est enterré au Cimetière des Rois à Genève.

Les descriptions de sept de ses voyages alpestres et de ses observations scientifiques sont éditées en quatre volumes, sous le titre Les Voyages dans les Alpes. Passionné d’alpinisme mais également de botanique, il collectionnait les plantes les plus intéressantes. Horace-Bénédict de Saussure était aussi un scientifique de renom et un inventeur prolifique. Il démontra, s’appuyant sur ses expériences, que plus les corps étaient foncés, plus ils absorbaient de chaleur. Il conçut, pour l’aider notamment lors de ses expéditions en montagne, l'hygromètre à cheveu (qui permettait avec un cheveu de mesurer l’humidité de l’air). Il inventa l’ancêtre du capteur solaire, mettant au point un instrument de mesure lui permettant d'étudier les effets calorifiques des rayons du soleil. Nommé hélio-thermomètre, il ressemblait beaucoup aux panneaux solaires modernes. Horace Benedict de Saussure évoquait déjà à l’époque les possibilités d'applications au domaine de la maison, c’est dire si c’était un visionnaire !

Passionné par l'invention des frères Montgolfier, qui devrait lui permettre de gravir le Mont-Blanc par d’autres voies que terrestres, Horace-Bénédict de Saussure fait un don pour permettre le financement de leurs travaux. Il comprend bien vite, fort de ses expériences sur la chaleur, que c'est grâce à la faible densité de l'air chaud que la montgolfière peut monter. Heureusement pour les Montgolfier qui échafaudaient les expériences les plus farfelues, brûlant peaux de mouton sur peaux de mouton, persuadés que seule l’épaisseur de la fumée comptait ! Il se rend à Lyon, où les frères Montgolfièr ont construit un nouveau ballon et y fait des expériences qui le pousseront à entrer dans un ballon pendant son gonflage.

Extrait d'une lettre que Saussure envoie à Barthélemy Faujas de Saint-Fond, dans laquelle il lui fait part des impressions ressenties dans le ballon.

« Après avoir vu du dehors cette énorme Machine, se gonfler par l'action du feu, je fus curieux de voir cette même opération dans l'intérieur du Ballon; (...) Si je souffris un peu de la chaleur dans cette opération, j'en fus bien dédommagé par le spectacle de la création, presque instantanée, de cette immense coupole qui, vue de l'intérieur, éclairée par la flamme vive et brillante du feu qui la développe, présente le spectacle le plus singulier et le plus imposant. Mais je désirais bien plus vivement encore de connaître la chaleur qui régnait au haut du Ballon. Si, comme je le crois, la chaleur est la cause de l'ascension des Ballons cette chaleur doit être considérable dans toute la capacité intérieure; mais M. Pilatre, qui s'imagine que c'est un gaz particulier plus léger que l'air qui se dégage, ou se crée pendant la combustion, ne pensoit point qu'elle fût aussi grande; j'avançai en sa présence que la chaleur de l'air, au haut de ce Ballon, passerait au moins 60 degrés. Il soutint le contraire; nous pariâmes, et le père le Fèvre eut l'idée ingénieuse de couper des thermomètres à différents degrés, imaginant que, si la chaleur allait au-delà du degré où ils auraient été coupés, il se perdrait une partie du mercure, et qu'ensuite, après leur refroidissement, on connaîtrait, par le déficient du mercure, le degré de la chaleur qu'ils auraient éprouvée. L'expérience réussit très bien, les thermomètres furent hissés au sommet de la Machine, on les examina ensuite après son affaissement, ils avoient tous perdu du mercure, et le père le Fève jugea que la chaleur était allée au-delà de 160 degrés. »

[Expérience faite à Lyon, le 19 janvier 1784, sous la direction de M. de Montgolfier l'aîné, avec une Aéroflate de cent deux pieds de diamètre, sur cent vingt-six de hauteur.]

Certes l’homme a fait prodigieusement avancer la science, l’alpinisme et les travaux en matière de montgolfière, mais quel est son rapport à la Lorraine me direz-vous ? Eh bien la famille du vénérable était originaire de Saulxures, d’où le patronyme du sieur de Saussure. De confession protestante, les aïeux d’Horace-Bénedict durent fuir en Suisse la répression sanglante opérée au 16e siècle par la délicieuse Médicis.

Cette origine explique d’ailleurs l’existence du Festival du Film Horace-Bénédict de Saussure de Saulxures-les-Nancy qui se consacre entièrement à la montagne et à l’Esprit des Lumières si chers à ce méconnu érudit et s’y joue toutes les années paires (Car c’est une biennale, la prochaine édition étant pour novembre 2012, un peu avant la fin du monde, vous pouvez donc souffler). CQFD. Et si on vous demande pourquoi Horace aimait tant la montagne, vous n’aurez qu’à dire que c’est parce qu’il avait de bonnes saussures.

LN
Membre journaliste
A propos de l'auteur : Ln verif
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