Profession : « Superintendent »
Dans ce lieu déconcertant par sa grandeur et sa sérénité reposent les militaires tombés pendant l'offensive d'Argonne qui se déroula entre le 26 septembre et le 11 novembre 1918. Après la bataille de Saint-Mihiel, il s'agissait alors de la deuxième grande opération américaine sur le sol français, une victoire qui devait s'avérer décisive et précipiter la fin de la Première Guerre Mondiale. Cette offensive repoussa en effet les armées allemandes jusqu'à Sedan. Avec 500 000 soldats américains engagés dans la bataille et autant en réserve, l'opération est encore à ce jour la plus importante opération américaine jamais menée. Un apport numérique qui contribua clairement à la victoire. Dirigés par le Général Pershing, les soldats américains durent d'abord prendre la butte de Montfaucon. L'objectif était stratégique : ce sommet des côtes de Meuse domine toute la plaine environnante et sa prise pouvait permettre son contrôle, une opération clé pour la suite des opérations. Il fallut une trentaine d'heures aux militaires américains pour arracher la position aux Allemands, trente heures de combats acharnés qui firent de nombreuses victimes. Aujourd'hui, sur la butte de Montfaucon, une tour de plus de 60 mètres de haut permet de contempler la quasi-totalité du territoire reconquis à l'occasion de la bataille.
Au total, 28 000 Américains ont laissé leur vie en Argonne et 96 000 y ont été blessés. La moitié des disparus furent rapatriés aux Etats-Unis à la demande des familles. Aujourd'hui, au cimetière de Romagne-sous-Montfaucon, on dénombre 14246 croix, dont 486 de soldats inconnus, des croix réalisées dans le plus beau des marbres, celui de la carrière de Carrare en Italie. Huit carrés de stèles occupent les 52 hectares du site suivant un alignement parfait. Un site à l'image de son « superintendent », Joseph P. Rivers qui désire que tout soit toujours impeccable : des croix aux rosiers en passant par les tilleuls, dont le taillage en carré demande pas moins de 2500 heures de travail aux 27 employés. Cet officier américain chargé du maintien du cimetière depuis une dizaine d'années respecte à la lettre les traditions qu'il explique volontiers aux visiteurs. Parmi elles, le salut que se doit de faire un officier face à l'une des croix aux écritures de feuille d'or, croix sous lesquelles sont enterrées les soldats décorés de la médaille d'honneur. Une cinquantaine de médailles, la plus haute distinction de l'armée US, ont d'ailleurs été décernées à cette occasion, un autre « record » de l'armée américaine. Autre rituel, celui du drapeau américain flottant au dessus du cimetière : « le drapeau est hissé tous les matins et redescendu tous les soirs, il ne doit pas rester dans les airs la nuit tombée ! S'il tombe à terre, on se doit de le brûler car il a été sali. » Heureusement, cela n'est encore jamais arrivé jusqu'à aujourd'hui...
Pour l'anecdote : on raconte qu'un jour, un malfrat poursuivi par la maréchaussée pensa bon de se réfugier dans le cimetière. Si le terrain est bien concédé à perpétuité aux Etats-Unis par la France, il ne s'agit pas d'une ambassade et la loi française y reste en vigueur !



