Patois : pas vous ?
Parce qu'ils font partie de notre culture, qu'ils contribuent à sa richesse et qu'il serait dommage de les voir disparaître... les mots que nous avons répertoriés ici sont - sauf erreur - certifiés 100% patois lorrain. Historiquement, le lorrain est apparenté au groupe des langues d'Oïl, autrement dit des langues d'origines latines qu'on trouve dans tout le nord de la France, des cousines directes du français que nous parlons aujourd'hui. S'il est vrai que la constitution de la France en Etat-nation a amené les pouvoirs publics à lutter contre les patois au profit du français, les termes les plus fréquents (connus dans plusieurs régions) sont entrés dans le dictionnaire.
Nous avons choisi de nous arrêter sur les mots qu'on peut entendre encore de nos jours, et pas seulement chez nos aînés. Certains connaissent une deuxième jeunesse depuis que les ineffables « Amis d'ta femme » ont popularisé la version « lorraine » du « Laisse béton » de Renaud, texte signé d'Olivier « Pépé » Pérola, ex- « Alive The Roupettes » et actuel « Saint-Max ».
D'ailleurs, de nombreux termes utilisés dans le « parler lorrain » d'aujourd'hui ne sont pas forcément issus du patois. Certains ont plus à voir avec le vieux français, ou des registres de langues familiers ou vulgaires. Ils figurent même parfois dans les dictionnaires les plus complets. « Grailler », « jarreter », « dégouliner » ou encore « soulon » (ivrogne) sont bien français !
Il ne faut pas les confondre avec les mots argotiques (« tricard »), ceux issus du « verlan » ou du « javanais » (« pourrave »). Ne pas les confondre non plus avec les mots qui ont des origines géographiques « autres ». Toutes les langues évoluent et intègrent des expressions d'origines « étrangères » : les mots issus de l'allemand en « sch » comme « schlass » (ivre), « schlopp » (chaussure), aller au schlaff (au lit), ou du romani, la langue des tziganes, comme « michtô » qui signifie « beau, bien » ne sont pas des expressions patoisantes... Hé non !
Ensuite, les patois étant des langues parlées et transmises oralement depuis des siècles, on trouve des variations suivant les cantons. Par exemple, « néreux » et « nareux » désignent la même chose. Ne soyez donc pas étonnés de trouver ici des prononciations ou des « orthographes » (les patois étant des langues parlées...) différentes et approchantes d'autres que vous connaitriez.
Enfin, si nous nous sommes arrêtés aux patois parlés sur la majeure partie de la région, il faudrait un autre article pour évoquer le Platt, la langue du nord-est de la Moselle dont l'origine est plus proche des langues germaniques. Elle est d'ailleurs aujourd'hui considérée comme une langue à part entière et même célébrée au printemps à Sarreguemines lors du festival « Mir Redde Platt ».
Bassotter : ne pas avancer dans son travail.
Baugeotte : n.f. - grand panier en osier.
Beûlou : aveugle. Par extension, niais.
Beugne : n.f. - un coup.
Beugner : donner des coups, heurter. (Utilisé dans d'autres régions de France et accepté par certains dictionnaires.)
Beurâ : n.m. - bélier. Par extension, quelqu'un qui a la tête dure.
Brayatte : n.f. - braguette du pantalon.
Brimbelles : n.f. - les fameuses myrtilles.
Broussinner : Lorsqu'il tombe une légère pluie, une bruine.
Bossottes : n.f. - brindilles de bois pour allumer le feu.
Bouâler : pleurer (voir « chigner »).
Brisaque : n.m. - jeune qui a tendance à tout casser.
Cacatte : n.f. - personne bavarde.
Coualé : difforme, tordu.
Caillon : n.m. - désordre.
Caligeote / Calougeote : n.f. - abri en bois au fond du jardin.
Carne : n.f. - sale personnage.
Charpagne : n.f. - grand panier en osier, souvent fabriqué par un « charpagnate » (voir ci-dessous)
Charpagnate : n.m. - bohémien, gitan.
Chaurée : n.f. - suée, bouffée de chaleur.
Cheuler : s'adonner à la boisson.
Chigner : gémir (voir « bouâler »).
Clarteux : éclairé. Se dira d'une pièce où la luminosité est agréable. (Utilisé dans d'autres régions de France et accepté par certains dictionnaires)
Clenche : n.f. - poignée d'une porte. (Utilisé dans d'autres régions de France et accepté par certains dictionnaires)
Cocotte : n.f. - pomme de pin.
Coriotte : ficelle, corde. Par extension, la ceinture du pantalon.
Couarail : n.m. - conversation.
Crapi : ridé. Se dira d'une personne comme d'un fruit.
Déqueugner : nettoyer, débarbouiller. Contraire d' « enqueugner » !
Echotté : agité.
Faire des âties : Faire des manières.
Flot : n.m. - nœud fait avec un lacet ou un ruban.
Frâler : s'affaisser, tomber. A pris le sens de « casser ».
Gueniche : n.f. - femme de « mauvaise vie ».
Hâgis : n.m. - parcelle de forêt.
Haltata : n.m. - se dit de quelqu'un d'agité, d'écervelé.
Marmousé / barbouzé : Barbouillé. Se dira d'un « marmot » qui a mangé salement.
Migaine : n.f. - le mélange d'œuf et de crème qu'on met sur la quiche. En français culinaire, on appelle cela un « appareil »...
Meurote : n.f. - l'accompagnement de la salade, mélange de crème et de lardons ou vinaigrette.
Nareux / néreux : quelqu'un de « délicat », se dira de quelqu'un qui refuse de boire dans la même bouteille que son voisin...
Nice : Personne difficile.
Passotte : n.f. - Petite passoire. A noter que le suffixe « otte » vient souvent préciser qu'il s'agit de quelque chose de « petit ».
Peu / peute : laid, laide.
Raoué : n.m. - chat.
Raouer : rôder, traîner d'une manière suspecte (un rapport avec « le raoué » ci-dessus ?).
Ravisotte : n.f. - Un enfant né bien après son aîné.
Rebiquer : se dresser. Ex : « avoir les cheveux qui rebiquent ».
Requimpette : n.f. - chemise.
Ripper : déraper.
Royotte : n.f. - raie, sillon tracé dans la terre.
Taugna : n.f. - une personne peu aimable.
Trisser : Eclabousser, gicler. Par extension, débarrasser le plancher, dégager.
Tosser : Têter, sucer. D'où le mot « totosse » pour désigner les sucettes en caoutchouc des nourrissons...
Touiller : remuer. Ex : « Touiller la soupe, la salade »
Zaubette : n.f. - petite fille turbulente ou jeune fille un peu délurée.
Zoquer : heurter, tuer.



