Osez le féminisme !
Oser le féminisme n'est pas ringard, il resterait même du chemin à faire, semble-t-il. Alors que la campagne Égalité 2012 se met sur pied, rencontre avec Hélène Assekour, porte-parole d'Osez le Féminisme 54...
Mylorraine.fr : Qu'est ce qu'"Oser le féminisme" ?
Hélène Assekour : Une association créée en 2009 pour se mobiliser d'abord contre la fermeture des plannings familiaux. On a trois objectifs principaux : la laïcité, le progressisme et l'universalisme dans les deux sens du terme : les droits des femmes sont universels ET il n'y a pas de spécificités culturelles liées au genre, soit hommes et femmes ne sont que biologiquement différents !
ML : Courant beauvoirien donc...
HA : C'est ça !
ML : « Osez le Clitoris », encore une question beauvoirienne puisque Simone rappelait que le sexe masculin est reconnu, accepté, le sexe féminin demeure tabou...
HA : Nous avons lancé cette campagne en 2010 afin de parler de cet organe souvent nié, voire mutilé. Et nié d'ailleurs également en recherche médicale : Odile Buisson a fait une des premières IRM de clitoris en 2009 ! Il s'agissait aussi d'aborder la sexualité féminine.
ML : On sent que le féminisme aujourd'hui passe pour ringard, beaucoup croient ce combat d'arrière-garde... Pourquoi cette génération n'ose pas le féminisme alors qu'une « involution » se constate actuellement ?
HA : On note effectivement rien que dans les catalogues pour jouets une apparition de jouets de plus en plus « genrés », des distinguos qu'on ne trouvait pas dans les années 80 ! Y a pas mal de recul sur ces points-là. Et beaucoup de jeunes femmes disent « c'est bon l'égalité on l'a » mais on sent un renouveau : de plus en plus de femmes reconnaissent l'existence du problème. Beaucoup le vivent au quotidien, sont beaucoup agressées verbalement dans la rue, beaucoup ont vécu des violences, y compris sexuelles, elles sont légions à vivre de petites ségrégations à l'embauche. Sur « Vie de Meuf » on relate ces abus que toute femme vit un jour ou l'autre. J'ai le sentiment qu'il y a eu un réveil, notamment sur l'affaire DSK, constatant que le machisme ordinaire avait toujours pignon sur rue. Suite à cette affaire, on a eu une explosion des signatures, des manifestations. Tout cela a révélé d'un seul coup la violence et la prégnance du machisme. Ces paroles comme « y a pas mort d'homme » [Jack Lang] ou « troussage de domestique » [Jean-François Kahn] ... Et même dans nos entourages, personnellement j'ai entendu certains propos qui m'ont rendu malade !
ML : Parlons de Vie de Meufs, en référence à « vie de merde « ça rappele qu'en tant que femme, on subit plus et pire !
HA : Le traitement entre femmes et hommes est totalement différent, nous femmes, on ne s'en rend pas compte parce qu'on a toujours été femmes, on a vécu et grandi ainsi, mettre le doigt sur toutes ces petites choses que nous devons supporter et pas les hommes c'est important. Ce n'est pas toujours facile de s'en rendre compte : par exemple les transgenres, eux, voient fortement la différence, ayant vécu les deux. J'ai vu un reportage où un transsexuel disait « je connais maintenant le privilège d'être masculin » simplement en étant un homme dans la rue, il ressentait ce privilège ! Et ViedeMeuf est un succès d'abord car les femmes s'aperçoivent que c'est pareil pour toutes, ensuite car nous nous apercevons que certaines choses ne sont vraiment faites qu'aux femmes ! Et c'est intéressant aussi dans les réactions : on a des gens qui viennent dire qu'on exagère ou que « ça c'est pas sexiste »...
ML : Il y a beaucoup de féminismes, entre les beauvoiriennes, les naturalistes, les scandinaves, toutes ces versions qui co-existent, s'annulent parfois. Où vous positionnez-vous ?
HA : On revendique complètement le terme de féminisme, même s'il y a une très grande diversité de féminismes. J'ai l'impression qu'en France la plupart des assos ont globalement le même fond idéologique universaliste. Avec des nuances : il y a bien sûr les naturalistes essentialistes. Après, les médias sont peu représentatifs de la réalité je pense, par exemple Marcela Iacub qui se dit féministe et reste très différente de nous, ou Badinter qui est très écoutée, mais critique beaucoup les courants féministes. La réalité du terrain est multiple, et cette multiplicité n'est pas forcément représentée, mais comme notre but à nous est d'abord d'interpeller, on est toujours contente de voir que le sujet est débattu, quel que soit le courant défendu. On veut encourager la réflexion en chacun et faire prendre conscience des inégalités.
ML : Revenons sur les opérations menées, vous êtes contre la TVA sociale par exemple...
HA : Sur la TVA, notre objectif était de montrer que cette mesure, comme les retraites, semble neutre pour les genres, mais dans la réalité, ça précarise plus les femmes : on est dans une situation où les femmes ont les emplois les plus précaires, elles seront globalement plus touchées par ces mesures. On a d'autres revendications avec la campagne Égalité 2012, qui interpelle les présidentiables, notamment une loi plus globale sur la parité.
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