Môssieur Louis mène la décadence
Yoan Louis, pardon, Môssieur Louis, sort "Decade(nt)", album étonnant retraçant 10 ans de scènes au sein de quatre formations souvent très différentes, 10 ans de collaborations musicales, d'écriture, de rencontres... Plus qu'un bilan en chansons, il s'agit là de marquer le coup, de tourner une page, pour mieux relancer la petite musique...
Mylorraine.fr : Quatre groupes différents, quatre manières d'aborder la musique : on passe du « rock survitaminé au dépressif », de la pop à la « comptine débilisante »... Comment expliques-tu ces écarts artistiques dans ta propre œuvre ?
MôL : Je suis venu à la composition sur le tard, au départ j'écrivais, le lien dans l'album se fait vraiment sur le texte, plus que sur la musique. Ce que j'ai voulu montrer dans cet album c'est un parcours, avec des influences différentes, des formes différentes, et comment on peut s'inscrire dans ces cheminements très divers. C'était les thématiques qui m'étaient chères, après la mise en musique dépendait surtout des gens avec qui je bossais. Cet album étant chronologique, il commence par des extraits de live maladroits, j'assume d'ailleurs totalement l'imperfection de la chose, après y a des morceaux plus léchés et le dernier je l'ai fait tout seul ...
ML : Ton évolution à toi... C'est complètement narcissique !
MôL : Complètement ! C'est totalement assumé !
ML : Tu es l'auteur de quasi tous les textes de l'album, tu abordes des thématiques qui te sont chères, dis-tu, mais entre "engrosser sa mère" et un quiproquo entre un pilier de comptoir et un serveur, il y a un monde non?
MôL : Effectivement y a un monde ! Mais cet album ne s’appelle pas pour rien « Décade(nt) ». Au-delà du jeu de mots sur ces dix années passées dans le milieu musical, il y a des thèmes qui me sont chers. Et notamment celui de l’altérité, du temps qui passe. « J’ai engrossé ma mère » fut une chanson débile et entêtante complètement assumée. Je n’oserai pas essayer de l’intellectualiser en la justifiant par un complexe d’œdipe pas digéré ! Avec Les Splash, elle nous permettait de récupérer par la provoc' un public distrait par une chanson plus faible. Et simplement, cela me faisait marrer de la chanter et de voir ce qu’elle pouvait provoquer.
ML : Dans cet album on doit donc sentir tes propres évolutions intellectuelles...
MôL : Pour revenir à cette thématique de l’altérité, j’ai essayé de la décliner de plusieurs manières. Le délitement des relations amoureuses m’a passionné quand j’ai commencé à écrire, notamment par l’influence des textes de Miossec. Au début, je tentais d’en expliquer les mécanismes ou d’en pointer les causes et les symptômes comme dans « L’Espagnole » qui parle des problèmes de communication ou « La Houle » qui aborde la dépression et l’auto-destruction dans la rupture. Par la suite, j’ai pris du recul sur ces sujets et essayé de les aborder avec plus de légèreté, mais avec les exigences de trouver un angle original et de diversifier les sujets. Quand j’ai écrit « Suzy », je me suis prouvé que je pouvais faire sourire par mes textes et que les relations de couples étaient également prétexte à rire. La période "Splash" et le fait d’écrire en anglais m’a libéré dans les thématiques : j’ai pu aborder par exemple la misère engendrée par les inégalités économiques Nord/Sud dans « Time and hours »... Malgré cette évolution dans les thématiques et la manière de les aborder, je reste profondément angoissé par la vieillesse et la mort réelle et physique, aussi bien que symbolique... Comme la fin d’une aventure amoureuse ! Cette décadence est physique, amoureuse, sociale... Je tente d’en comprendre les mécanismes, d’en retarder les effets, les conséquences. Elle est souvent subie, parfois voulue. J’ai souvent eu la tentation, et il est vrai que le milieu musical en offre l’occasion, de sombrer dans une forme d’hédonisme autodestructeur. Être sain de corps et d’esprit et bien s’entendre avec mes congénères me demande parfois des efforts surhumains !
ML : Dans ton dossier de presse tu parles de « solder ce passé » c'est quoi ce besoin de bilan ?
MôL : Quand on commence à être vieux, on a besoin de faire des bilans... J'en ai rien à foutre des symboliques mais là je suis sur des projets où j'aimerais bien mettre la barre plus haut. J'ai souvent abordé la musique comme un artisan, apprendre, prendre le temps, pas sauter les étapes, y a des opportunités assez importantes que j'ai refusé, parce que je me sentais pas prêt parce que je ne voulais pas me griller. Et maintenant je passe à une phase plus assumée et j'ai besoin de tourner cette page. Puis me replonger dans ce parcours, ça me permet de repartir en sachant un peu mieux ce qui reste à apprendre, ce qui a été fait et toutes les rencontres que j'ai faites ! Parce que cette compil c'est surtout un hommage à tous ces gens que j'ai rencontrés, avec qui j'ai joué, avec qui j'ai partagé des scènes, des gens qui m'ont fait progresser… Cet album existe grâce à eux.
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