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Ludmilla Cerveny : la question d’identité

Du 22 septembre au 28 octobre, à l'espace MyMonkey du faubourg des trois maisons, Ludmilla Cerveny, étudiante nancéenne en architecture et photographe frénétique et boulimique de web 2.0, présentera « profils internet, identité et histoires » un travail entamé il y a cinq ans, au départ bien planquée derrière son écran...
MyLorraine : A la vue de tes blogs on trouve beaucoup de photos très crues, pas dans la narration mais plutôt dans la simplicité, tu fais notamment de nombreux portraits sur fonds blancs, on dirait que tu veux montrer une réalité sans fard, c'est le cas ?
Ludmilla Cerveny : J'aimais l'idée de plaquer les gens sur un fond blanc, qu'ils ne puissent pas tricher. C'est une bataille la prise de vue, c'est pas un truc simple. Et ça ne cesse jamais d'être une bataille, j'arrive jamais à accumuler l'expérience, c'est presque chaque fois plus difficile, je suis toujours un bébé. Et puis les gens sont souvent très surprenants par rapport à l'idée qu'on s'en fait. Vanille par exemple a un très fort caractère, ça n'empêche pas le fait qu'elle était très gênée lors de la prise de vue, idem pour Marguerite. Avec la photo, j'essaie d'approcher la personnalité du sujet. Il y a toujours un décalage entre la perception qu'on a du sujet, celle que le sujet a de lui et ce qu'on peut en faire. C'est ce décalage que je trouve très intéressant.
ML : Et à l'inverse il y a des séances très mises en scène, plus léchées, plus purement esthétiques et d'autres très vivantes comme les Terribles ... Au final, tout ça reste encore très cru mais l'approche du sujet semble totalement différente.
LC : J'essaie de provoquer des catharsis à la « vomis-moi dessus, vas-y » par exemple dans la série des Terribles, c'est ce que j'essaie de mettre en place. Il y avait cette fille intéressante qui n'exploitait pas son potentiel, qui ne se lâchait pas, ce qui m'intriguait c'est ce qui allait ressortir du moment où elle allait se lâcher. Pareil pour Renaud qui est hyperactif, qui a l'air complètement fou, avec lui je voulais capter un de ces moments de folie. Parfois ça fait peur d'ailleurs cette recherche du border line, mais pas dans le mauvais sens... De toutes manières ce qui ressort de toutes mes séries quasiment, c'est que j'ai envie de me prendre la réalité en pleine gueule.
ML : Le net prend une place énorme dans ton travail, même en dehors de cette expo-là, c'est d'abord son principal média puisque tu publie en grande partie sur la toile et relativement peu sur papier (mis à part Novo et quelques expositions), mais c'est aussi un lieu de recherche pour matériau humain ici...
LC : Oui je me sers énormément du web, déjà il y a un souci trivial d'argent, je suis toujours étudiante en archi ce qui est coûteux et prend du temps, la photo aussi c'est chronophage et cher, je suis d'abord subventionnée par mes parents, ça aide. Internet à la base c'est un loisirs, un lieu de recherche, un média qui a l'avantage d'être gratuit et surtout un gros terrain de jeu pour fouiner. Mais le vrai truc avec le web ça a commencé quand j'ai créé mon myspace. Je suis plus ou moins une geek et cette découverte était particulière car j'ai rencontré une bande de trentenaires qui avait une utilisation de myspace complètement barrée et toujours dans l'impertinence. On faisait nos propres profils en bidouillant les codes via photoshop pour cacher la merde de myspace et pour connaître ces codes on se mettait en réseau, on s'entraidait. Puis, de fil en aiguille, j'ai rencontré des gens sans les rencontrer, on discutait, on commençait à se connaître sans s'être jamais croisés, les portraits de cette série c'est comment j'ai pu reconstituer une histoire à partir de ce que les gens m'en disaient, les images qu'ils choisissaient et finalement la rencontre. Alors c'est certain que les gens enjolivent toujours un peu la réalité, néanmoins, telle manière d'enjoliver plutôt que telle autre en apprend beaucoup aussi sur eux. C'est tout cette distorsion entre fiction, subjectivité et réalité d'une identité qui m’intéresse.

La scénographie de l'exposition dont le vernissage aura lieu jeudi 22 septembre à 18h30 à l'Espace MyMonkey se découpe en plusieurs parties : « d’une part les portraits de ces personnes rencontrées et, d’autre part, les interactions virtuelles entre elles et moi. Ces éléments tendent à démontrer la richesse, la complexité de ces rencontres et les possibilités offerte par le web : son interactivité, son instantanéité… Internet est un terrain propice aux jeux de rôle, voici quelques personnages, au spectateur de démêler le vrai du faux, le fictif du réel. »

Propos recueillis par LN

Crédits photos : Ludmilla Cerveny

Infos sur mymonkey et l'expo ici.

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