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Les "brèves de cimetière" de Jean-Charles Blesch

Graveur sur pierre pour le compte d’entreprises funéraires, Jean-Charles Blesch n'en a pas moins une âme d’artiste-poète. Dans des carnets, il recueille ses « brèves de cimetière », des mots et des dessins inspirés par son quotidien, passé dans les cimetières de la région… Le résultat s’apprécie comme une visite du Père-Lachaise !

Pourtant doté d’une fibre artistique et d’un Bac A3, Jean-Charles Blesch n’a pas fait les Beaux-arts. Son métier, il l’a découvert un peu par hasard. Graveur sur pierre, pour le compte d’entreprises funéraires. Lugubre ? Non, Jean-Charles Blesch aime son job. Dans sa chemisette « Harley-Davidson », l’homme sourit trop souvent pour être dépressif. Au moins, son secteur d’activité n’est pas bouché, puisqu’ils ne sont plus qu’une poignée sur la région à poser des inscriptions sur les marbres des cimetières, recourant parfois à la feuille d’or, quand ce n’est des dessins personnalisés. Un vrai travail d’artisan donc qui, malheureusement, met mal à l’aise les interlocuteurs à qui il décline sa profession, et qui se détournent même parfois de lui « par superstition ». Heureusement que nous sommes au XXIème siècle…

« J’irai graver sur vos tombes »

Jean-Charles Blesch n’est pourtant pas fasciné par la mort. Le fait que la maison dans laquelle il a grandi, à côté de Bar-le-Duc, ait été construite sur un ancien cimetière (temporaire !) allemand ne semble pas avoir eu une incidence sur son orientation professionnelle. Ni même la proximité d’un marbrier chez qui il allait jouer. Il y eut bien ces réponses floues à des questionnements lorsqu’enfant, il se retrouva devant la tombe de ses grands-parents… Mais il y eut surtout cette visite du Père-Lachaise, cimetière parmi les cimetières, à l’occasion d’un pèlerinage pour le 20ème anniversaire de la disparition de Jim Morrisson. Jean-Charles put alors apprécier la totalité de l’endroit et sa richesse. Si bien qu’avant même d’entrer dans la carrière (normal pour quelqu’un qui travaille la pierre…), il s’intéressa à la sculpture, à la symbolique et à l’architecture funéraire, des domaines pourtant remisés au rang d’art mineur depuis un siècle à cause du tabou.

« Les cimetières sont remplis de gens irremplaçables… »

Aujourd’hui, et depuis une vingtaine d’années, Jean-Charles intervient dans tous les cimetières de Lorraine, de Champagne-Ardenne et même certains du sud de la Belgique. Des endroits qu’il a appris à apprécier tels des lieux d’art, d’architecture, d’Histoire et de mémoire à part entière. « Des livres grand-ouverts à la page calcaire » pour reprendre ses termes. De passage au cimetière américain de Romagne-sous-Montfaucon, il se souvient s’être senti comme « hors-du-temps ». Tout comme ce jour où il travailla au Fort de Bourlémont pour le compte du châtelain, gravant une inscription dans la crypte familiale qui renfermait les gisants depuis le XIème siècle. Parmi ses préférés, il cite bien évidemment le cimetière de Marville, les cimetières-jardins de Nettaucourt (55), de Vaudémont (54), et rappelle volontiers que le cimetière de Préville à Nancy est ni plus ni moins qu’un « Père-Lachaise » local, avec son « rond-point des bienfaiteurs ».
« Nous avons été comme vous, vous serez comme nous ! »

Lui qui a toujours travaillé de la plume et du pinceau a trouvé dans son quotidien matière à inspiration. Depuis son adolescence, il réalise ce qu’il nomme lui-même des « carnets de voyage », « de voyage intérieur » pour être plus précis, sa façon à lui de se réaliser pleinement. Pas besoin de brûler des tonnes de kérosène pour rêver… C’est ainsi qu’il en est venu à réaliser ces « brèves de cimetières », des recueils de dessins et de textes inspirés des lieux qu’il fréquente. Rien à voir avec des brèves de comptoirs donc, même s’il assène parfois de petites touches d’humour... Comme disait Desproges, « est-ce que la mort se gêne pour rire de nous ? ». Son travail artistique et son intérêt pour les cimetières relèvent finalement de l’ode à la vie. A côtoyer la mort, il a appris à apprécier d’autant plus la vie. Victime d’un « passage à vide » à une époque, il confesse que son quotidien dans les cimetières l’a aidé à relativiser ses problèmes. Non sans parvenir parallèlement à cette conclusion : on a plus à craindre des vivants que des morts !
A défaut d’en tirer un ouvrage, Jean-Charles Blesch expose les planches de ses carnets jusqu’au 12 novembre. Cocasse ou touchant, le résultat a déjà séduit nombre de visiteurs qui craignaient pourtant la confrontation avec cet univers et qui ont promis de revenir en lire la totalité…

Exposition jusqu’au 12 novembre
Médiathèque G. Thirion de Laxou
17, rue de Maréville
Lundi, mercredi, samedi, de 10h à 18h
Mardi, jeudi, vendredi, de 15h à 19h
www.brevesdecimetiere.fr

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A propos de l'auteur : Adrien verif

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