les Amis d'ta Femme : Ze Story !
La reformation des Frères Couennes pour un concert exceptionnel ce week-end nous offre l'opportunité de nous replonger dans l'histoire de ce monument du rock lorrain qu'aura été « les Z'amis d'ta femme ». Pour rappeler ce que fut cette épopée, toute de sexe, d'alcool et de rock'n'roll, et aussi rétablir quelques vérités...
C'est à Nancy, en 1996, que l'aventure commence autour de David Vincent, personnage haut en couleurs, dont les parents n'étaient vraisemblablement pas très portés sur les séries télés... Déjà à cette époque, celui qu'on surnomme « Le Dâv » (avec accent circonflexe) est connu dans la place pour ses diverses « casquettes », au propre comme au figuré : animateur d'une émission de radio nommée « L'émission censurée » (diffusée sur une radio associative de l'agglomération et qui sera un jour VRAIMENT censurée), dessinateur de BD, militant libertaire, il est reconnaissable à sa casquette sur laquelle est écrit « Mort aux cons ». Un cri du cœur, un slogan, une signature, une marque de fabrique... A cette époque donc, Le Dâv réunit autour de lui une première mouture des « Z'amis d'ta femme », nom inspiré d'un film de Didier Van Cauwelaart, avec Michel Leeb. Dans cette bande, on compte déjà le fameux Pierrot (vous savez, celui qui « chante faux »), des copains qui partagent des délires et un univers commun, inspiré du punk, de la scène alternative des années 80 (Béruriers Noirs, Ludwig von 88, Parabellum...) d'une chanson française populaire, drôle ou militante (Brassens, le Renaud des débuts, les VRP...) ou de la BD humoristique, un univers que David Vincent connaît bien et qu'il défend déjà à l'époque à travers son « Cocu Comix ».
Dès son origine, l'idée est de faire un groupe capable de jouer dans la rue, en « acoustique », par opposition à ce qui se fait de nos jours. Début 1998, Le Dâv et Cyril Battaïni (dit Vatlavé Kraspek, pseudo puisé dans « la Cité de la peur », le film des Nuls) embauchent un troisième larron, François Colson dit « Frankoua Frankoué », guitariste patenté. Le groupe constitué a alors en tout et pour tout comme force de frappe, deux guitares acoustiques, une contre-bassine (sorte de contrebasse du pauvre dont la caisse de résonnance est en fait une poubelle en plastique) et trois voix le plus souvent éraillées à cause des divers abus et de l'absence de micro. N'empêche, l'alchimie prend : les premières chansons du Dâv vont bénéficier des arrangements et de l'énergie de ses nouveaux compères. Musicalement, le groupe s'auto-étiquette « trash-musette », mélange improbable, et pourtant... il concilie l'énergie du rock et l'esprit de la chanson française, lorgnant aussi du côté des musiques un peu rétro : blues, country, rockabilly ou encore tango.
L'année 1998 signe la naissance scénique du trio. Le groupe écume alors les bars nancéiens. Ce qui est toujours plus facile quand on joue en acoustique. Ca rend aussi le contact avec le public plus facile. Dans les troquets de la cité ducale, les concerts sont entrecoupés de sketchs et de véritables fou-rires. Le groupe joue jusqu'à plus soif (donc, ne s'arrête que très tard...) et chaque soirée se termine dans un tel bordel qu'on ne sait plus trop ce qui tient du spectacle. Cette époque est le temps béni au dire des fans « historiques » des Z'amis. Le groupe joue alors l'intégralité des morceaux qui figureront sur le premier album, mais aussi quelques reprises pour densifier son répertoire et prolonger le plaisir : citons « Ma vache a grossi » des VRP, « Pocahontas » des Ludwig, « Rue d'Panam » des Ogres de Barback et enfin « Cayenne » de Parabellum, qui figurera par la suite comme un temps fort de leurs concerts.... A l'automne 1998, le groupe s'amuse même à reprendre « I will survive » (de Gloria Gaynor) pour mieux pourrir d'insultes l'équipe de France d'Aimé Jacquet. Un sacrilège tellement punk !
« Faut qu'ça lime »
Contrairement à ce qu'on peut lire ici et là sur la toile, l'album « Faut qu'ça lime » sort officiellement en mars 1999 grâce à une souscription pour le compte de l'association « Mort Aux Cons Production » (le premier tirage du disque contient les noms des 200 souscripteurs) et le groupe fête sa sortie lors d'un concert dans un Caveau des Dom's plein comme un œuf. Ce soir-là, le groupe joue pour la première fois un morceau dont les paroles ont été terminées dans la journée : c'est « le Hoch'cul », voulu comme un tube de l'été, et donc logiquement accompagné de sa chorégraphie. Ce premier disque recèle des différents aspects qui font la signature des Z'amis, une version franchouillarde des fondamentaux que sont le sexe, la drogue et le rock'n'roll. Il y a bien sûr le morceau titre « Les Z'amis d'ta femme », « Love story » ou « Lapin manqué » pour la gaudriole, les excès et abus avec « Il chante faux » ou « Dis tonton ». Mais aussi des textes plus sociaux (ou politiques) avec « Patates party » (dont le refrain est à l'origine une chanson scout) ou encore « Les bigotes et le clodo », sûrement la plus « belle » chanson du Dâv, un moment que « Tonton Georges » n'aurait pas renié. Enfin, le livret du CD est illustré par des auteurs de BD, amis du Dâv, parmi lesquels Ptiluc, le créateur des célèbres Rats.
Le bouche à oreille se met alors en place et le groupe élargit son rayon d'action. Internet n'en étant encore qu'à ses débuts, on ne parle pas encore de « buzz », mais les Z'amis deviennent le phénomène à la mode... Ils vont progressivement être conviés à ouvrir pour les concerts de groupes français reconnus qui partagent avec eux le goût du rock qui tâche et de la grosse déconne : les Wampas, Marcel et son Orchestre, Blankass... Le groupe joue alors la plupart des morceaux qui constitueront le second album « Lave-toi la bouche ». Le disque qui sort en mai 2000 vient donc passer une seconde couche, ou enfoncer le clou (selon qu'on soit peintre ou tapissier). On y parle toujours des joies de l'entre-jambes (« Ragougnasses », « Marie-Odile », « Le tango du Viagra », « Le miracle de l'amore »), « Diguidig Dondon (mort aux cons)» répond à « Ploum ploum tralala (anarchie vaincra) », et pour la dive, il y a bien sûr « Marée basse », une chanson à boire (beaucoup), souvent chantée à tue-tête par le public lors des concerts.
« Laisse tomber, grôs ! »
C'est aussi sur les premières versions de ce disque qu'on trouve le fameux « Laisse tomber, grôs !», une adaptation du « Laisse béton » de Renaud qui fait la part belle aux expressions qu'on peut entendre dans les recoins de la région et qui va devenir un hymne lorrain malgré lui. Si bien que la chanson mérite qu'on lui consacre un paragraphe... Cette parodie est en fait l'œuvre d'Olivier « Pépé » Perola, connu dans le milieu pour jouer à l'époque dans « Alive The Roupettes », une formation nancéienne de rock boostée au fun qui a vu son premier album distribué par Boucherie Productions, le label de François Hadji-Lazaro. Par la suite, son groupe tombé plus ou moins en sommeil, « Pépé » acceptera la proposition des Z'amis de reprendre le morceau sur le disque, dans une version reggae. Par la suite, l'éditeur de Renaud s'opposera à une parution ultérieure de cette adaptation. Si bien que sur les pressages ultérieurs de l'album, on ne trouvera en 8ème position qu'un « Interlude », où les Z'amis se fendront d'une allusion au morceau.
« Les Amis d'ta femme font la différence »
L'album live « Les Amis d'ta femme font la différence » vient témoigner de l'inénarrable boxon qui régnait lors des concerts du groupe. Comme un « souvenir » d'une époque bénie... On retrouve là ce principe premier du punk (ou du rock, c'est selon) qui veut que l'énergie et la sincérité priment sur la qualité. A défaut d'avoir une puissance sonique (avec leurs moyens volontairement minimalistes), les Z'amis donnent tout ce qu'ils ont de sueur et d'humour. Punk, le groupe l'est aussi en se contrefichant des contingences commerciales A l'heure où les « live » des artistes tiennent plus du « best of » retouché, ce n'est pas le cas de cet enregistrement livré « brut » puisqu'il s'agit de l'intégralité d'un seul et unique concert donné dans le toulois. On rit d'autant plus lors des concerts quand le groupe rentre sur scène sur l'air de « Thunderstruck » d'AC/DC (en clin d'œil, on voit alors fleurir dans Nancy des autocollants « AD/TF » pour « Amis D'Ta Femme »). On est pourtant loin des spectacles grandiloquents des rockers australiens... A défaut de canons géants, le clou du spectacle réside dans le fait que le groupe termine ses concerts « à poil » en chantant « Awalpé » de leurs amis les Fils de Teuhpu avec qui ils ont partagé la route et un mini-live, « 1 air, 2 bœufs ». Les Z'amis d'ta femme sont des anti-héros, rient de tout et d'abord d'eux-mêmes. « Des clowns » diront certains. Qui se raviseront par la suite...
« Noir... et rouge, aussi, un peu...»
A cette époque, le groupe s'est adjoint les services d'un tourneur professionnel qui leur permet alors de jouer dans toute la France et dans des festivals devant des milliers de personnes. Les Amis d'ta femme sont en train de devenir une énorme machine scénique. Le Dâv avouera l'avoir ressenti en entendant lors d'un concert dans le sud-ouest, la foule chanter à tue-tête « Laisse tomber grôs », avec l'accent du coin... Nos Amis vont alors s'attaquer à ce qui va devenir le « black album », surnommé ainsi en clin d'œil au 5ème et éponyme album de Metallica (lui-même clin d'œil à celui de Spinal Tap). Disque qui va aussi être leur chant du cygne. Le noir dont il s'agit est celui de l'anarchisme, courant de pensée politique socialiste et libertaire dont l'histoire ne se résume pas juste à la caricature que l'on en connaît, et dont les Z'amis se revendiquent. Intitulé « Noir... et rouge, aussi un peu », le disque met à l'honneur les chants de l'anarchisme : de la Commune à la Guerre d'Espagne, les Amis chantent le pouvoir populaire, l'insurrection, l'antimilitarisme et le refus du travail. Ils collaborent à cette occasion avec de nombreux invités et se fendent d'un livret détaillé pour raconter l'histoire en lien avec chaque chanson. Le groupe propose alors un disque musicalement plus léché que ses prédécesseurs. Et les Amis qu'on croyait bêtes, sales et mal élevés apparaissent tout à coup comme des musiciens respectables et bien sérieux. Quitte à perdre ce qui faisait leur originalité ? Motivés par ce projet plus abouti que les précédents, le groupe et son entourage décident de reprendre la route, accompagnés de nouveaux musiciens, Marco à l'accordéon, Bep's à la basse et Philou à la batterie. Mais Le Dâv est fatigué de ce rythme incessant, de cette usine à gaz qu'est devenu le groupe, ce que ne veulent pas entendre ses compères qui monteront dans le camion sans lui. De cette époque datent de larges extraits d'un concert tourné au Sentier des Halles, avec cette nouvelle formation à 5.
Les Z'amis d'ta femme vont alors devenir ce que sont devenus les plus grands groupes, puisqu'au sexe, à la drogue, au rock'n'roll, vont s'ajouter le scandale et les démêlés judiciaires qui signeront sa fin à l'issue de cette tournée. A l'issue de ce tumultueux divorce, le nom du groupe sera enterré et les membres partiront chacun de leur côté. Tandis que Le Dâv lancera avec de vieux amis son nouveau groupe intitulé « David Vincent et les Mutants », Kraspek et Frankoué tourneront encore un temps sous le nom de « Les Frères Couenne », publiant un album intitulé « Jusqu'où s'arrêteront-ils ? ».
Si les Z'amis d'ta femme ne se reformeront sûrement jamais (en même temps, on a vu de ces choses dans l'histoire du rock...), il est toujours possible d'entendre David Vincent et ses mutants interpréter en concert quelques morceaux phares de cette glorieuse épopée. Il devrait en être de même des Frères Couenne qui se reformeront donc le temps d'un concert.
Les fans du Dâv peuvent également le retrouver au micro de l'Emission Censurée, rendez-vous qu'il anime sur Radio Caraïbes Nancy (RCN) chaque mercredi soir.
www.lesamisdtafemme.net



