Le Grand Tétras : attention, animal sensible !
Il vit essentiellement dans les montagnes d'Europe, en France mais aussi dans les pays à l'Est du nôtre, jusqu'en Scandinavie et aux confins de la Russie. Le Grand Tétras est le plus gros des gallinacés (ou Galliformes), cet ordre d'oiseau qui compte les poules, les dindes, les pintades, les cailles et les faisans.
L'animal mesure communément entre 50 et 90 cm de haut, et peut atteindre 5 kg pour 125 cm d'envergure. Son milieu de prédilection : les forêts de moyenne altitude (entre 500 et 1000 mètres) comme celles de la montagne vosgienne. Là, se mêlent conifères et feuillus, buissons et grands arbres. Le Tétras y trouve tout ce qu'il lui faut pour vivre : bourgeons, baies (dont les myrtilles), insectes et surtout aiguilles de sapins dont il se nourrit durant l'hiver. Dans ce type de forêt enfin, il peut se cacher dans des arbustes le jour et se tenir à l'écart des prédateurs en se perchant sur des solides branches la nuit.
En France, le Grand Tétras est considéré comme une espèce fragile et en danger. Dans la montagne vosgienne, on en comptait 500 il y a quelques décennies, et seulement 140 aujourd'hui. Sa chasse est pourtant interdite depuis 1974 et les autres animaux de la forêt ne représentent pas un grand danger pour lui, même s'il arrive que les sangliers s'en prennent aux œufs. La principale raison demeure – hélas – la forte activité humaine à proximité de son territoire, en particulier les activités comme les promenades en raquette, surtout lorsqu'elles se pratiquent en dehors des sentiers, ou la pratique du "quad". En hiver, le Tétras qui ne se nourrit que d'aiguilles de pin, est très affaibli. Il en est d'autant plus "sauvage", voire farouche. Et une simple rencontre peut l'amener à changer de secteur. Les spécialistes estiment même que la photographie animalière mal pratiquée peut avoir de lourdes conséquences. D'ailleurs, celui que nous présentons ici en illustration vit en captivité…
Mais pour vivre en toute quiétude, l'oiseau a surtout besoin d'une forêt véritablement "sauvage", peu exploitée par l'Homme. Une denrée qui se fait rare... En 2008 déjà, la région Lorraine et ses partenaires avaient lancé un premier plan de sauvegarde de l'habitat forestier de ces animaux. En 2009, le Ministère de l'Ecologie et de la Biodiversité lançait à son tour un plan pour la préservation du Grand Tétras. L'année suivante enfin, la région Lorraine et ses partenaires réussissaient à concrétiser un plan LIFE +, acronyme de "L'Instrument Financier pour l'Environnement", une disposition de l'Europe qui permet la mise en œuvre de dispositifs environnementaux co-financés. Son nom, "Des forêts pour le Grand Tétras". Son but, gérer au mieux les forêts vosgiennes pour sauvegarder l'habitat naturel du Tétras. Des partenariats avec 25 communes ont permis de constituer des "îlots de vieillissement", des zones de forêts où l'exploitation est limitée voire arrêtée afin de laisser vieillir les arbres et améliorer l'habitat du Tétras. A ce jour, 520 hectares de forêts ont obtenu ce statut grâce au programme LIFE plus et le soutien de Natura 2000, et 230 autres hectares sont en voie de contractualisation.
Etant ce qu'on appelle dans le jargon une "espèce parapluie", la protection du Grand Tétras permet également la protection d'autres espèces. A travers lui, c'est toute la forêt vosgienne qui bénéficie d'une protection qui confère à son tour à cette dernière une haute valeur écologique, puisque les 2/3 de la biodiversité forestière s'expriment dans ces bois. Là, il est alors normal que les usagers soient invités à adopter des comportements de circonstances, en particulier en ne quittant pas les sentiers de promenade, d'autant plus en période de reproduction ou de nidification. Et si jamais vous cherchez à savoir où niche Monsieur Tétras, les spécialistes ne vous délivreront aucune information, justement pour le protéger. Parmi ces spécialistes, on trouve les naturalistes du groupe Tétras-Vosges, association qui agit depuis 1979 pour la sauvegarde de l'animal et dont font partie Michel Munier et son fils Vincent, photographe animalier mondialement célèbre. Ceux-ci agissent souvent sur le terrain pour sauvegarder cet animal devenu aujourd'hui le symbole de la forêt vosgienne.
Le site internet du groupe Tétras-Vosges : www.groupe-tetras-vosges.org
Crédit photo : Jean Lavergne / Photo prise en captivité



