Le graffiti s'installe dans les galeries
Des plans du métro new-yorkais aux plus prestigieuses galeries d'Europe, il est loin le temps où les graffeurs s'exprimaient exclusivement sur des supports clandestins.
Taki 183, précurseur et architecte du graffiti, taguait illégalement murs et surfaces diverses du "city-submay" dans les années soixante-dix. Quarante ans de luttes sociales et des hectolitres de peinture plus tard arrivent des phénomènes comme Banksy. Artiste issu du milieu underground londonien, il rassemble des milliers de personnes à chacune de ces expositions.
"Il est impensable de dissocier la naissance du graffiti et la conjoncture sociale new-yorkaise des années 80" déclare Stan. La ghettoïsation de quartiers entiers marginalisa certaines couches de la population. Ces déshérités du rêve américain sont stigmatisés et exclus d'une ville comptant 8 millions d'habitants. Parmi les problèmes de ces enclaves, des écoles vétustes et inadaptées, une criminalité en constante augmentation, un système de santé à l'abandon ou quasiment inexistant. Toute une génération a été marquée par cette ségrégation sociale.
Parmi eux, des jeunes adultes avec pour seules accessoires des bombes de peinture, un "ghettoblaster" (ndlr : radio portative très utilisée durant les années quatre-vingt) ou une paire de Nike. Ils partagent un besoin d'expression irrépréhensible. Le graffiti, le hip-hop et le break-dance sont les trois courants émergents de cette émulsion. Le New-York Times a fait de l'émergence du phénomène sa une dès 1971.
Sortant aujourd'hui de l'illégalité, les "élèves" de ces précurseurs sont représentés en nombre dans les galeries d'art. Stan, nous livre : « Ca ne me dérange pas que des artistes gagnent leur vie en vendant leurs œuvres, du moment qu’ils ne se travestissent pas ».
Aux sceptiques qui penseront que cette "art urbain contemporain" est en train de vendre son âme contestataire contre une conscience capitaliste, il répond "je suis pour l'évolution mais je souhaite qu’on se souvienne des pionniers et de l’histoire du graffiti, qu’on perpétue un savoir faire, une culture, qu’on reste fidèle à ces racines artistiques".
Du mur à la toile, des artistes comme Banksy ou le français Miss Tic sont aujourd'hui exposés dans les plus prestigieuses galeries d'art contemporain.


