Le baptême de l'Amérique - Saint-Dié-des-Vosges
A l’heure du Festival International de Géographie, retour sur l’évènement qui vaut à Saint-Dié-des-Vosges son statut de « Capitale de la Géographie » et de « Marraine de l’Amérique ». En 1507, les moines de la cité apposaient sur un planisphère le nom d’ « America », baptisant le nouveau continent que le monde entier nomme aujourd’hui « Amérique »…
C’est bien connu, et tous les enfants vous le diront, « Christophe Colomb a découvert l’Amérique en 1492 ». Á se demander pourquoi le continent ne porte pas le nom du navigateur génois et que le nom de « Colombie » ne soit dévolu qu’à un pays et à quelques contrées du continent... Lorsqu’il débarque au large de Cuba en pensant rejoindre les Indes par l’ouest, Christophe Colomb ne pense même pas avoir accosté sur un continent inconnu des Européens. Bien entendu, la nouvelle ne tombe sur aucun télescripteur et aucune chaîne de télé n’est sur le coup pour relayer l’information… Il faudra plusieurs expéditions et bien des années pour comprendre que cette terre n’est pas toute proche des Indes orientales. Des expéditions, Colomb en mènera 3 autres jusqu’en 1504, persuadé d’être quelque part en Extrême-Orient. Lorsqu’il arrive face à l’isthme de Panama, il jure être devant celui de… Malaisie ! D’autres explorateurs attirés par l’aventure (et un potentiel enrichissement) suivront les traces de Colomb, parmi lesquels le navigateur florentin Amerigo Vespucci (1451-1512). Entre 1497 et 1507, celui-ci effectuera 4 voyages le long des côtes de l’Amérique du Sud, entre l’actuelle Guyane et la Patagonie, pour le compte du Roi d’Espagne et de celui du Portugal.
« To look for America… »
En 1507, les moines du « Gymnase vosgien » réalisent, sous la direction du cartographe Martin Waldseemüller, un planisphère (Universalis Cosmographia ou « Cosmographie Universelle ») accompagné d’un livret de 52 pages, intitulé Cosmographiae Introductio (« Introduction à la Cosmographie »). Sur la carte figure donc un nouveau continent dessiné par les moines suivant les lettres de voyage de Vespucci qui, contrairement à ses collègues explorateurs, était persuadé d’avoir découvert un nouveau continent. Les descriptions du navigateur vont également amener les moines cartographes à reconsidérer la géographie telle qu’elle était envisagée depuis Ptolémée (dont le monde connu s’étendait de l’Atlantique à la Chine). Et c’est en hommage à Amerigo Vespucci qu’ils vont nommer le nouveau continent « America », comme expliqué dans le chapitre 9 de l’ouvrage : « A présent, ces (trois) parties (du monde : l'Europe, l'Asie et l'Afrique) ont été plus largement parcourues et une quatrième partie a été découverte par Amerigo Vespucci. Cette quatrième partie, je ne vois pas pourquoi quelqu'un empêcherait à juste titre qu'on l'appelle, du nom Amerigo de son découvreur, un homme à l'esprit très pénétrant, Amerige en tant que terre d'Amerigo, ou America, puisque l'Europe et l'Asie ont acquis leur nom de personnages féminins ». Sur le planisphère, le nom apparaît sur la partie sud de l’Amérique, partie dont Vespucci a exploré les côtes. Mais une interrogation subsiste : comment Waldseemüller et ses moines sont-ils parvenus à un dessin « relativement » fidèle du continent ? A l’époque, aucun explorateur ne s’est enfoncé dans les terres et n’a vu l’Océan Pacifique, pourtant représenté !
Plus tard, lorsque les savants européens réalisent que Colomb a été le premier à atteindre le nouveau continent, le nom d’Amérique a été adopté par les cartographes de toute l’Europe. Difficile de revenir en arrière. Colomb, décédé en 1506, ne pourra pas le regretter... Surtout que depuis, il est avéré que les Vikings ont été les premiers européens à fouler le sol américain, 5 siècles auparavant…
Aujourd’hui, un exemplaire de l’ouvrage est exposé dans la salle du Trésor de la Médiathèque Victor Hugo de Saint-Dié-des-Vosges, où l'on peut également consulter la totalité du document sous forme numérisée. Le planisphère original de Waldseemüller est, quant à lui, exposé dans le bâtiment Jefferson de la bibliothèque du Congrès des Etats-Unis, entre deux autres prestigieux documents que sont la Déclaration d’Indépendance du 4 juillet 1776 et la Constitution des Etats-Unis d’Amérique.
Légende photos :
- "Universalis Cosmographia, planisphère réalisé par les moines du Gymnase Vosgien sous la direction de Martin Waldseemuller (1507)"
- "Universalis Cosmographia : détail de la partie méridionale où figure le mot "America""
- "Pages de la Cosmographiae Introductio où Waldseemuller explique le choix du nom America"
C’est bien connu, et tous les enfants vous le diront, « Christophe Colomb a découvert l’Amérique en 1492 ». Á se demander pourquoi le continent ne porte pas le nom du navigateur génois et que le nom de « Colombie » ne soit dévolu qu’à un pays et à quelques contrées du continent... Lorsqu’il débarque au large de Cuba en pensant rejoindre les Indes par l’ouest, Christophe Colomb ne pense même pas avoir accosté sur un continent inconnu des Européens. Bien entendu, la nouvelle ne tombe sur aucun télescripteur et aucune chaîne de télé n’est sur le coup pour relayer l’information… Il faudra plusieurs expéditions et bien des années pour comprendre que cette terre n’est pas toute proche des Indes orientales. Des expéditions, Colomb en mènera 3 autres jusqu’en 1504, persuadé d’être quelque part en Extrême-Orient. Lorsqu’il arrive face à l’isthme de Panama, il jure être devant celui de… Malaisie ! D’autres explorateurs attirés par l’aventure (et un potentiel enrichissement) suivront les traces de Colomb, parmi lesquels le navigateur florentin Amerigo Vespucci (1451-1512). Entre 1497 et 1507, celui-ci effectuera 4 voyages le long des côtes de l’Amérique du Sud, entre l’actuelle Guyane et la Patagonie, pour le compte du Roi d’Espagne et de celui du Portugal.
« To look for America… »
En 1507, les moines du « Gymnase vosgien » réalisent, sous la direction du cartographe Martin Waldseemüller, un planisphère (Universalis Cosmographia ou « Cosmographie Universelle ») accompagné d’un livret de 52 pages, intitulé Cosmographiae Introductio (« Introduction à la Cosmographie »). Sur la carte figure donc un nouveau continent dessiné par les moines suivant les lettres de voyage de Vespucci qui, contrairement à ses collègues explorateurs, était persuadé d’avoir découvert un nouveau continent. Les descriptions du navigateur vont également amener les moines cartographes à reconsidérer la géographie telle qu’elle était envisagée depuis Ptolémée (dont le monde connu s’étendait de l’Atlantique à la Chine). Et c’est en hommage à Amerigo Vespucci qu’ils vont nommer le nouveau continent « America », comme expliqué dans le chapitre 9 de l’ouvrage : « A présent, ces (trois) parties (du monde : l'Europe, l'Asie et l'Afrique) ont été plus largement parcourues et une quatrième partie a été découverte par Amerigo Vespucci. Cette quatrième partie, je ne vois pas pourquoi quelqu'un empêcherait à juste titre qu'on l'appelle, du nom Amerigo de son découvreur, un homme à l'esprit très pénétrant, Amerige en tant que terre d'Amerigo, ou America, puisque l'Europe et l'Asie ont acquis leur nom de personnages féminins ». Sur le planisphère, le nom apparaît sur la partie sud de l’Amérique, partie dont Vespucci a exploré les côtes. Mais une interrogation subsiste : comment Waldseemüller et ses moines sont-ils parvenus à un dessin « relativement » fidèle du continent ? A l’époque, aucun explorateur ne s’est enfoncé dans les terres et n’a vu l’Océan Pacifique, pourtant représenté !
Plus tard, lorsque les savants européens réalisent que Colomb a été le premier à atteindre le nouveau continent, le nom d’Amérique a été adopté par les cartographes de toute l’Europe. Difficile de revenir en arrière. Colomb, décédé en 1506, ne pourra pas le regretter... Surtout que depuis, il est avéré que les Vikings ont été les premiers européens à fouler le sol américain, 5 siècles auparavant…
Aujourd’hui, un exemplaire de l’ouvrage est exposé dans la salle du Trésor de la Médiathèque Victor Hugo de Saint-Dié-des-Vosges, où l'on peut également consulter la totalité du document sous forme numérisée. Le planisphère original de Waldseemüller est, quant à lui, exposé dans le bâtiment Jefferson de la bibliothèque du Congrès des Etats-Unis, entre deux autres prestigieux documents que sont la Déclaration d’Indépendance du 4 juillet 1776 et la Constitution des Etats-Unis d’Amérique.
Légende photos :
- "Universalis Cosmographia, planisphère réalisé par les moines du Gymnase Vosgien sous la direction de Martin Waldseemuller (1507)"
- "Universalis Cosmographia : détail de la partie méridionale où figure le mot "America""
- "Pages de la Cosmographiae Introductio où Waldseemuller explique le choix du nom America"



