La galerie Octave Cowbell fête ses 10 ans
Derrière le nom d'Octave Cowbell se cache l'une des plus petites galeries d'art de Metz, mais pas la moins active. Une centaine d'artistes ont exposé dans cet appartement où l'on rentre… par la fenêtre, au grand dam des passants ! Elle fête à la fin du mois 10 ans d'activisme autour de l'art contemporain. Rencontre avec Hervé Foucher et Olivier Goetz.
Mylorraine : Pour décider de transformer une partie de son chez-soi en espace d'exposition, il faut être sacrément passionné…
Hervé Foucher (directeur artistique) : En 2002, on était plusieurs étudiants de la faculté d'Arts Plastiques, de l'Ecole d'Art de Metz et Olivier (Goetz), qui est aujourd'hui président de l'association et professeur à l'Université de Metz. A l'époque, sur le territoire, il n'y avait pas trop de structures pour aider les jeunes artistes hormis le Castel Coucou à Forbach. A Metz, il n'y avait que Faux-Mouvement, le FRAC Lorraine n'avait pas encore de locaux... C'était un peu le désert pour les jeunes qui sortaient de ces écoles et qui désiraient exposer. Partant de ce bilan, on a cherché des locaux sur Metz. On s'est vite aperçu que c'était hors de prix. J'habitais ici et l'idée m'est venue de sacrifier une pièce de l'appartement, de la transformer en "white cube" et créer ce lieu dans l'appartement. A l'époque, Nicolas Valence qui était à l'Ecole d'Ingénieur de Metz a eu l'idée de l'escalier pour que les gens puissent accéder directement de la rue à l'espace d'exposition sans passer par la partie privative de l'appartement.
Olivier Goetz : C'est un groupe où tout le monde était un peu artiste. Hervé lui-même sortait d'Arts Plastiques. Il faisait des sculptures, des installations, des pliages avec du papier, du carton. Ce qu'on voulait, c'était aider des artistes mais sans se cantonner au créneau "étudiant". On voulait casser la ségrégation entre les grands artistes reconnus et ceux qui sortaient de l'école.
ML : Quand vous avez lancé cette idée, pensiez-vous tenir 10 ans ?
H. F. : Non, absolument pas. On ne savait même pas si ça allait marcher. C'était une aventure…
Olivier Goetz : Ca s'est fait "à l'arrache". Il n'y a pas eu de demande pour ouvrir un lieu public. On a ouvert les fenêtres et déclaré "c'est un lieu d'exposition". Et ce qui est fascinant, c'est que ça fonctionne exactement comme si c'était un lieu en bonne et due forme. En fait les choses et les effets sont les mêmes. Y compris la reconnaissance des institutions qui nous reconnaissent une certaine pertinence dans le domaine et le lieu comme une petite institution.
ML : Vous avez donc envisagé les choses au jour le jour, en réalisant une exposition, puis une seconde…
O. G. : Et puis une autre, et puis une autre…
H. F. : A un moment, on a compris que ça "prenait". En 2003 avait lieu à Metz le CIPAC, Congrès Inter Professionnel de l'Art Contemporain. La ville de Metz avait organisé une "Nuit de l'art contemporain". On rentrait dans cette programmation avec une exposition d'Eric Poitevin, photographe lorrain, et un "Dîner des Andouilles" qui avait lieu à la Chapelle des Trinitaires. Les professionnels de l'art contemporain sont venus et ça nous a donné une notoriété, une validation de ces personnes.
ML : Aujourd'hui, vous n'êtes pas frustrés de ne disposer que de 25 m2 ? Pouvez-vous exposer autre chose que des tableaux et des photos ?
H. F. : On expose de tout. Il n'y a aucune discrimination.
O. G. : Comme directeur artistique, Hervé défend l'idée de ne pas avoir une ligne esthétique dure comme certaines galeries qui vont se spécialiser. On cherche à déjouer la contrainte du lieu qui est quand même petit. On a mis des installations, de la vidéo, de la performance, du dessin, des "wall paintings"… Quand la pièce est vraiment trop petite, on utilise des lieux à l'extérieur comme l'église des Trinitaires, la chapelle, on fait beaucoup d'évènements hors-les-murs. On reste attachés à une vision conviviale de l'art contemporain. Le fait d'être au rez-de-chaussée, d'entrer par la fenêtre, ça nous amène à faire des vernissages dans la rue. Ca reste joyeux et pas du tout guindé.
H. F. : On essaie de garder l'idée que c'est un appartement, quelque chose de familial. Comme si on venait chez quelqu'un, "chez Octave Cowbell". D'ailleurs, aujourd'hui, on m'appelle régulièrement "Octave". C'est devenu mon deuxième prénom…
ML : A défaut de ligne esthétique, quels points communs trouve-t-on entre les artistes que vous exposez ?
O. G. : Ce sont tous des artistes contemporains. Il n'y a eu qu'une exception, Solange Bertrand, une artiste qui est morte presque centenaire, parce qu'on la connaissait. Mais d'habitude, il s'agit d'artistes "vivants".
H. F. : Ce qui rassemble ces artistes finalement c'est nous. C'est un travail de réseau, à plusieurs têtes. Des artistes venus ici nous proposent d'autres artistes, certains artistes de Metz sont venus nous voir spontanément, moi-même je suis allé chercher des artistes qui me plaisent…
ML : Gage de reconnaissance, vous travaillez en partenariat avec nombre d'autres structures de l'art en région… Quelles formes prennent vos échanges ?
H. F. : A leur invitation, on a fait un projet comme Keep Portland Weird avec Pompidou-Paris, Pompidou-Metz et la Gaieté Lyrique. Ils sont venus nous voir car ils cherchaient un petit lieu pour exposer un jeune artiste de Portland…
O. G. : Je connaissais un petit peu Laurent Le Bon. Quand il est venu à Metz pour la préfiguration de Pompidou-Metz, il y avait une manifestation qui s'appelait "Constellation", avec des œuvres de Pompidou-Paris "hors-les-murs", y compris la nôtre. Il nous aime bien, on l'aime bien aussi. Donc ça se passe de manière très cordiale.
H. F. : Et inversement, quand on a besoin d'eux, on les appelle et ils nous disent généralement "oui".
O. G. : On va fêter nos 10 ans dans quelques semaines et on va organiser une soirée chez eux.
ML : Justement, que préparez-vous pour marquer ce dixième anniversaire ?
O. G. : Déjà un catalogue-rétrospective des 100 expositions, avec des portraits des artistes. Cent expositions, c'est assez monumental. Comme on n'a pas une fréquentation énorme, on tient les expositions généralement 1 mois, soit une dizaine par an.
H. F. : Il y aura également un cahier hommage à un artiste qui est décédé l'année dernière, qui a été très proche de nous, avec qui on a fait énormément de projets durant deux ans, Jean-Christophe Massinon. Et puis des portraits de personnes plus ou moins proches de l'association. Le vendredi, on inaugure aussi un réseau d'art contemporain en Lorraine…
O. G. : L'idée est de créer une structure qui permettra une communication commune avec ceux qui le désireront, des aides communes, la mutualisation de moyens, etc. On ne voulait pas faire une manifestation narcissique, centrée sur nous même. On aurait pu faire une anthologie de ce qu'on a fait et on s'est dit qu'on pourrait plutôt ouvrir vers de nouvelles dimensions…
Retrouvez le programme Octave Cowbell fête ses 10 ans durant 10 jours.
Octave Cowbell sera également présent à la Nuit Blanche et invite Yvette Mattern, Filthy Lucker, Jean-Jacques Dumont…
Pour plus de renseignements
- 5 Rue des Parmentiers, 57000 Metz, France
- 03 54 44 31 24
- www.octavecowbell.fr



