La folle histoire du "(mini) Majesty of the Seas"
Nous sommes en 1960. François Zanella, qui a alors 11 ans tombe amoureux des bateaux en voyant des images du lancement du paquebot "France" à la télévision. Le petit François se prend alors à rêver de navires. Il réalise des maquettes en cartons, puis en allumettes et même une dernière en métal de 2 mètres de long. C'est bien connu, en grandissant, les hommes restent des grands enfants qui ne changent que la taille de leurs jouets. Certains passent des petites voitures aux grandes, François, lui, va faire de même avec les bateaux. A ceci près que le bateau de ses rêves, il ne va pas l'acheter, mais le construire de ses mains. Comme une maquette géante, conformément à son rêve d'enfance d'avoir sa version du "France", une version plus petite mais qui serait aussi habitable.
En 1987, François visite les Chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire. Il y découvre un paquebot d'un nouveau type, le "Sovereign of the seas". Contrairement au célèbre "France", la forme de ce dernier est telle qu'il devient possible d'en faire une version réduite habitable. 5 ans plus tard, il découvre le cousin du précédent qui sort des chantiers du fleuron de l'industrie navale française, le "Majesty of the Seas". C'est ce dernier qui servira de modèle à ce qui constitue aujourd'hui la plus grande "maquette" du monde. Maquette, car reproduction fidèle, à l'échelle, du moins pour l'extérieur. Les canaux de France mesurant 5,1 m de large, François va opter exactement pour une échelle 1/8ème. Calcul fait, le bateau mesurera ainsi 4,95 m de large. Les hublots mesurant 80 cm de diamètre sur la version originale, ceux de François en feront donc 10. Et pour s'assurer de passer sous tous les ponts des voies navigables de France et d'Europe, il sera doté de systèmes pour abaisser sa cheminée factice et son pseudo-radar.
Nous sommes en 1994. Au bout d'une première année de travail, François a posé les plans de son projet : 160 m2 habitables sur deux niveaux, une terrasse de 60 m2, un garage pour une petite voiture, et même 2 ascenseurs panoramiques comme dans le vrai. A ceci près qu'il s'agira plus d'un monte-charge et que l'un d'eux devra finalement laisser sa place à un escalier. Durant l'été 1994, François pose la première pierre de son édifice. Il va mettre 11 ans pour construire sa "maquette géante" dans son jardin de Morsbach, juste à côté de Forbach, à plus de 500 km de la mer la plus proche. Un projet titanesque, mais aussi une belle histoire illustrant ce qu'un homme peut faire quand il croit à ses rêves. Durant 11 ans, dès que François a le temps, il travaille à son bateau. Après son travail à la mine, les week-ends. Lui, qui a une formation d'électricien en bâtiment va apprendre au fur et à mesure. Son fils, formé à la soudure, lui expliquera les bases de cette technique.
De belles anecdotes vont venir agrémenter cette saga : François et sa famille vont sympathiser avec les employés des Chantiers de l'Atlantique. Ils vont ainsi être invités à assister au lancement de l'un de ses bébés, le "Splendour of the Seas" et même à une croisière sur ce dernier. A la Royal Caribbean, propriétaire de ces célèbres navires, tout le monde connaît alors ce Lorrain qui s'est mis en tête de reproduire ce joyau des mers. A l'occasion de l'une de ces croisières, François récupèrera même des verres décorés du logo de la compagnie qui trônent aujourd'hui dans son bar. Plus fort : de nombreuses entreprises de métallurgie du nord-Moselle et de toute la France vont le soutenir dans son projet en lui offrant du matériel ou en lui proposant leurs services. Les 2 moteurs de 100 chevaux qui propulsent l'engin seront ainsi récupérés au moment de la fermeture de la mine où François a travaillé. Et puis, il y a aussi ces 5 ouvriers des chantiers de Saint-Nazaire qui vont faire le déplacement sur leurs congés pour lui filer un précieux coup de main en l'aidant à souder les 3 principaux morceaux du navire. Dans le jargon, on appelle ça "rabouter". A leur retour, les patrons des Chantiers de l'Atlantique décideront de créer une association pour l'aider et lui offrir des fournitures provenant de vrais paquebots : lits, mobilier, faux-plafond et même salle de bain proviennent ainsi d'anciens navires. Quant à la moquette bleue qui orne certaines pièces, elle est la même que celle qui a été posée sur le Queen Mary 2 !
Jusqu'au 23 juin 2005 où le bateau est enfin mis à l'eau à Sarreguemines et baptisé par la navigatrice Maud Fontenoy. 11 ans de la vie de la famille de François passent devant ses yeux. L'année suivante, la célèbre émission Thalassa diffuse un long portrait de près de 2 heures racontant l'épopée de François et des siens. Le réalisateur, Philippe Lespinasse, l'a en effet suivi pendant toutes ces années et y a ajouté des images tournées par François tout au long de la construction. Au total, 268 reportages télévisés seront consacrés au "mini-Majesty" avant sa mise à l'eau, pour un total de plus de 400 aujourd'hui… François ne les compte plus, comme il a arrêté de compter les heures de travail une fois passées les 30 000… En retraite depuis quelques années, François et son épouse n'ont pas encore trouvé le temps de vivre au fil de l'eau. Pour l'instant, ils ne se déplacent que dans le Nord-Est, font visiter leur navire avec l'autorisation des villes qui les accueillent, qui les réclament même parfois, et répondent toujours volontiers aux questions des curieux. Il en est ainsi au port de Nancy, jusqu'au 3 juillet …
L'émission Thalassa de juin 2006
Le Majesty of the seas est actuellement au port Sainte Catherine de Nancy. Une occasion à ne pas râter pour découvrir cette maquette à l’échelle 1/8e du célèbre paquebot The Majesty of the seas.
(jusqu'au 3 juillet)
Pour plus de renseignements
- Morsbach, France
- 06 09 71 87 98
- bateau-francois.voila.net



