Du haut de ses 21 ans, Kenny Bun a quitté sa Lorraine natale pour partir vivre son rêve au Cambodge, devenir tennisman professionnel. Fierté de tout un peuple, l’actuel numéro 1 du tennis Cambodgien, classé au 1193ème rang ATP, a toujours voulu « aider le pays de son père ». Récit d’un virage à 360 degrés pour un franco-khmer plein de talent, et à l’avenir prometteur…
L’homme qui voulait vivre sa vie
On dit que le simple battement d’aile d’un papillon peut déclencher une tornade à l’autre bout du monde, bouleverser bien des vies. Mais c’est parfois un simple appel téléphonique qui peut changer une destinée…Kenny Bun fait ses classes à l’ASPTT Metz, de 9 à 18 ans il remporte tous les championnats de Lorraine individuels et s’impose comme l’espoir régional incontesté. Son jeu de jambes et son toucher de balle hors du commun lui permettent de remporter des tournois nationaux et internationaux tels que Bressuire, Les Enfants de la Terre ou encore les Championnats de France par équipe de Blois dans les catégories jeunes.
Ses parents se souviennent « petit, il jouait toujours avec une raquette et une balle dans la maison, alors on l’a alors inscrit au tennis». Une fois majeur, un Bac Comptabilité en poche, et classé 0, Kenny quitte l’ASPTT pour signer à Marly, alors en Nationale 3, lui proposant de le rémunérer pour jouer en équipe 1ère et passer le Brevet d’état. « J’étais payé 500 euros par mois, ce qui est intéressant pour un étudiant de 18 ans, mais je savais que je n’étais pas à mon maximum, que j’avais encore une importante marge de progression. »
Kenny concilie alors tennis et études en suivant une formation en comptabilité. Il mène une vie ordinaire et fait figure de bon joueur régional, enchaînant les tournois locaux mais sans pour autant forcer son talent. Au fond de lui, il sait que son destin est ailleurs. Quand le secrétaire de la Fédération Cambodgienne de Tennis le contacte en 2009 pour lui proposer de venir jouer pour les couleurs du Royaume, Kenny doit alors prendre une décision cruciale pour son avenir. Plaquer famille, amis, petite amie pour rejoindre l’autre bout du monde, le pays de son père, une belle opportunité ! Mais lourde de conséquences…
http://www.youtube.com/watch?v=ly-1aFPE76QKenny raconte « On me laissait le choix, devenir entraîneur de tennis en France et continuer à jouer à un niveau régional ou pouvoir tenter ma chance sur le circuit professionnel avec l’encadrement et le financement nécessaire ainsi qu’obtenir un poste à responsabilité au sein de la Fédération Cambodgienne plus tard. »
Le Messin n’était alors parti qu’une fois étant jeune rencontrer sa famille paternelle à Battambang, ça l’avait marqué : " Un jour j’y retournerais et je les aideraient. »
« J’ai signé mes premiers autographes »
Il fonce et décide de partir faire un essai de trois mois en Septembre 2009 en allant suivre la préparation pour jouer les Jeux d’ Asie du Sud-Est et pour représenter le Cambodge à Vientiane, au Laos. Il est alors accueilli par Rithivit Tep, secrétaire général de la fédération, qui le prend sous son aile et l’héberge dans sa maison familiale durant toute la préparation. On lui présente également l’entraîneur qui s’occupera de lui, l’Américain Braen Aneiros :
« Au début, c’était difficile à l’entraînement, car je ne parlais pas anglais et Braen ne parlait pas un mot de Français. On communiquait par signes le plus souvent et pour les aspects techniques ou tactiques, c’est Nysan Tan qui servait d’interprète. Avec tous les signes que l’on faisait, on pouvait parfois assister à des scènes ridicules. »
Le Cambodge finit 9ème de ces SEA Games, loin devant la Thaïlande, vainqueur. La fédération de tennis remporte une médaille de bronze (Nysan Tan), grande victoire pour ce sport en pleine expansion.
« Quand on est rentré du Laos, des gens nous attendaient à l’aéroport de Phnom Penh avec des photos de nous et des banderoles de remerciements. J’ai signé mes premiers autographes, je n’en revenais pas, je passais de l’anonymat le plus total en France à mon premier bain de foule. »
Si Kenny, alors joueur numéro 2 Cambodgien, ne ressort pas des SEA Games avec une médaille, il en ressort avec des souvenirs plein la tête, « une expérience unique dans une vie » :
« Nous sommes passés sur CNN, dans un reportage consacré à l’évolution de la fédération Cambodgienne de Tennis, je croyais vivre un rêve éveillé. »
Des affiches à l’effigie des athlètes de l’équipe nationale ont même été placées sur les buildings les plus importants de Phnom Penh.
A la conquête de l’ Asie
Séduit par cet avant-goût alléchant de ce que serais sa vie en Asie, Kenny décide de partir définitivement en Juin 2009 :
« Je ne reviendrais plus, j’ai trouvé mon chemin. Mon avenir est au Cambodge, je vais faire ma vie là-bas. Les gens y sont accueillants et très généreux. »
« Ici, on s’entraîne jusqu’ à la tombée de la nuit »
En arrivant au Cambodge, le jeune Lorrain savait à quoi s’attendre. Au programme : Entraînements, tournois, entraînements. Initialement logé dans la maison des joueurs installée dans le récent centre national d’entraînement avec six autres sportifs (venant des quatre coins du monde pour défendre le drapeau national); Kenny dispose depuis Janvier 2011 d’un appartement personnel mis à disposition par la fédération. Quand il n’est pas sur un court d’entraînement, sur une piste d’athlétisme ou en salle de musculation, Kenny arpente les tournois futures Asiatiques à la conquête des précieux points ATP. C’est à Hô Chi Minh au Vietnam qu’il remporte en 2010 son premier point, entrant ainsi dans le classement mondial : « La presse Cambodgienne ne parlait que de moi, j’étais sous le feu des projecteurs. » Il remporte 5 points ATP en 2010 et se hisse aux alentours du 1200ème rang mondial.