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Jeanne d'Arc selon les historiens classiques

Suite aux nombreuses réactions quant à la théorie certes iconoclaste de Marcel Gay, Mylorraine.fr est allé à la rencontre d'Olivier Bouzy, docteur en histoire médiévale et directeur scientifique du Centre Jeanne d'Arc d'Orléans, afin de s'enquérir de quelques points d'argumentation, et ils sont légions, qui divisent « batardisants » et historiens « classiques ».
Mylorraine.fr : L'épopée de Jeanne frappe par son caractère exceptionnel...
Olivier Bouzy : Oui et non : dire combien Jeanne a pu être exceptionnelle, c'est un point de vue politique appuyant les thèses des catholiques et des nationaux, voire des nationalistes. Nous historiens, tentons au contraire de rappeler combien elle était normale et combien elle fait partie intégrante de sa propre société et de son temps. On a repéré trois femmes en armure, armées, avec des étendards sur les champs de bataille d'alors. Elle n'est donc pas un personnage unique. L’étude directrice des Écoles française, allemandes et américaines, c'est de mieux comprendre comment elle s’intègre dans son époque. Ce qui est extraordinaire, c'est qu'elle cumule des points qui, pris individuellement, n'ont rien d'exceptionnel vu le contexte ! On a aussi à l'époque des images de paysans montant à cheval et armés !
ML : Abordons le statut de la femme dans le haut moyen âge, quel est-il ?
OB : Le XVème n'est pas une société de castes, on est défini alors par la naissance et par la fonction. Certains groupes ont des naissances et des fonctions, comme la noblesse. Généralement, la femme est mineure par rapport à ses frères aînés, mais lorsque elle n'a pas de frère ou qu'elle est veuve, elle a la totalité des droits de propriété et de pouvoir qui sont adjoints à cette propriété. Il y avait des duchesses, des comtesses, qui ont exercé la totalité des pouvoirs politiques, judiciaires et de commandement, attribués à leurs fonctions. On a des exemples qui montrent que les guerriers et chevaliers attribuent la totalité de la soumission due à leur seigneur, homme ou femme, la question du sexe ne se pose pas. Si c'est une femme, c'est avant tout le seigneur, cela s'efface devant la fonction. La plupart des femmes restaient mineures mais elles pouvaient accéder au pouvoir ! Au XVIIème, on réintroduit le droit romain, on écarte de nouveau les femmes. Dans la « Querelle des femmes » qui suivit cette évolution en défaveur des femmes, on instrumentalisa Jeanne pour montrer que les femmes pouvaient faire aussi bien que les hommes.
ML : Revenons sur l'extraction soit disant modeste de Jeanne...
OB : Jacques d'Arc son père, est le doyen de son village et un petit officier seigneurial, il vit bien selon les standards de son époque, il peut labourer ses champs, il a des animaux. Selon nos standards actuels, ils sont pauvres, selon ceux du XVème, ils sont relativement aisés comme paysans. Jeanne va se révéler une jeune fille résistante, costaude, ayant travaillé à la ferme.

LN

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