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Hommage à Rémi Ochlik

Rémi Ochlik a rejoint le 22 février 2012 la longue liste des journalistes tués sur le théâtre d'opérations militaires. La médiathèque de Florange, ville où il a grandi, rend hommage à ce photographe-reporter et à son travail…

Il est toujours délicat d'évoquer une disparition tragique, surtout quand les circonstances sont tout aussi délicates, mais le devoir de mémoire importe. La mort d'un journaliste, photographe et reporter de guerre ne peut décemment passer pour quelque chose d'anodin dans une société moderne. Passé le temps du deuil, la médiathèque de Florange a trouvé judicieux de montrer dans ses murs le travail de Rémi Ochlik, photographe-reporter dont le nom est aujourd'hui connu de tous depuis son décès à Homs, en Syrie, le 22 février 2012. Au-delà de l'hommage à l'enfant originaire de ce coin de Lorraine, il importait à la directrice de l'établissement, Bernadette Billa, de faire entendre le message de ces reporters de guerre qui vivent au plus près du feu pour témoigner à travers leur travail photographique des réalités du monde, et de l'une des pires choses qui s'y déroule : la guerre.

C'est par l'intermédiaire d'une amie d'enfance que la médiathèque de Florange a pu concrétiser cette exposition - hommage au jeune reporter. Fin 2011, Emmanuelle Potier, jeune peintre également originaire de Florange, était entrée en contact avec la responsable de la médiathèque pour discuter d'une exposition. Quelques mois plus tard, elle revenait cette fois avec une autre proposition, celle de rendre hommage à celui qui avait été son ami au lycée… L'agence de presse de Rémi fournissant les clichés, la ville de Florange n'avait plus qu'à financer les tirages de ses plus beaux clichés, dont le dernier, un homme portant sur sa tête un kéfié rouge sang, dans la nuit...

"Surdoué", "jeune prodige"

Rémi Ochlik avait peut-être quitté sa région natale depuis longtemps, sa famille et ses amis des environs ne l'oublieront pas. Né à Thionville le 16 octobre 1983, Rémi a successivement vécu à Hayange et Florange. Il a fréquenté l'école Marcel Pagnol de Sérémange-Erzange puis le lycée Saint-Pierre-Chanel de Thionville jusqu'à son bac en 2001. Avec son père, amateur éclairé, il découvre la photo et débute sur le vieil appareil de son grand-père. A 18 ans, il fait de sa passion un choix de vie. Il entre alors à l'école Icart-Photo de Levallois-Perret. Sorti major de promo en 2003, il est engagé par l'agence Wostok Press. Son premier coup d'éclat sera de couvrir le coup d'Etat de 2004 à Haïti qui contraint le président Aristide à quitter le pays, un premier reportage qui lui vaut de recevoir le prix Jeune Reporter de l'association François Chalais. Son travail est alors présenté en septembre de la même année au fameux festival "Visa pour l'image" de Perpignan. Rémi n'a pas encore 21 ans et ses confrères comprennent vite qu'il est doué. Surdoué. On parlera de lui comme d'un "prodige". Le directeur du festival de Perpignan dira : "J'ai vu son travail sur Haïti, très beau, très fort… le photo-journalisme n'est pas mort."

Rémi Ochlik va ensuite fonder avec Christophe Bertolin et Grégory Boissy l'agence IP3 Press. En 2008, il couvre les heurts en République démocratique du Congo, retourne à Haïti après le tremblement de terre de 2010 et suit l'élection présidentielle de 2011 dans ce même pays. Ces photos seront publiées dans les plus grands journaux : Le Monde Magazine, VSD, Time Magazine, The Wall Street Journal, Paris Match. Ce qui intéresse Rémi, c'est le cœur de l'action. "Là où se déroule l'histoire." Rémi a l'œil, et un indéniable talent. Il est courageux, intrépide, il a le goût du risque. C'est aussi un idéaliste, un défenseur de valeurs, des Droits de l'Homme, de la liberté d'expression. Bref, il a toutes les qualités du photographe qui va au plus près de l'action pour remplir sa mission d'information. Sur les théâtres d'opération, Rémi est au milieu des combattants, au cœur des hommes…

Le goût du risque

A partir de 2011, il va logiquement couvrir les évènements du printemps arabe. En janvier, à Tunis, la mort le frôle une première fois. Il se trouve à 2 mètres de son ami Lucas Dolega, photographe français tué dans une manifestation par un tir de grenade lacrymogène. Lucas était l'auteur de ce portrait de Rémi en noir et blanc. Dans la foulée, Rémi se rend en Egypte et en Libye, photographie les émeutes de la place Tahrir et la bataille de Tripoli. De Benghazi, il ramène la première photo de Kadhafi mort, ainsi qu'une série de clichés pour laquelle il recevra le premier prix du World Press Photo dans la catégorie "Informations générales". Rémi aurait dû recevoir son prix à Amsterdam le 20 avril 2012, mais le destin en a décidé autrement…

Entré clandestinement en Syrie, pays qu'il cherchait à rejoindre depuis plusieurs semaines, il couvre alors la guerre pour le compte de Match. Entré par le Liban, il se rend une première fois à proximité de Damas. Là, il ne parvient pas à ramener de clichés satisfaisants tant les conditions sont épouvantables. Ce qui l'ennuie n'est pas tant le danger que le piètre résultat de son travail. La rédaction de Paris Match décide de le faire rentrer, la situation devenant invivable. Revenu au Liban, Rémi décide de se rendre cette fois au nord de la Syrie, à Homs, de sa propre initiative. Il veut montrer la tragédie du peuple Syrien. Il va s'en approcher de trop près. Le 21 février au soir, il arrive à Homs, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière libanaise, plus précisément dans le quartier de Baba Amr, en périphérie de la ville. Il passe la nuit dans une maison qui héberge plusieurs journalistes, dont l'américaine Marie Colvin, 55 ans, reporter de guerre pour le Sunday Times, qui est surnommée "la pirate", à cause de son bandeau sur son œil gauche, un œil perdu au Sri Lanka en 2001. Il y a également Edith Bouvier, qui travaille pour le Figaro et RFI, William Daniels, photographe pour le Figaro Magazine et Time Magazine, ainsi que Paul Conroy, un journaliste indépendant. La maison est alors touchée par un obus, puis essuie des tirs de rockets. Selon Reporter sans Frontières, le bâtiment aurait justement été la cible de l'armée syrienne parce que des journalistes s'y trouvaient. Rémi et Marie Colvin sont tués, Edith Bouvier et Paul Conroy sont blessés. Enterrés dans un premier temps pour faciliter la conservation des dépouilles dans ce secteur privé d'électricité et où la Croix-Rouge ne peut accéder, les corps de Rémi et Marie Colvin seront rapatriés le 4 mars. Les obsèques de Rémi seront célébrées le 7 dans la banlieue parisienne et suivies d'une cérémonie d'hommage au musée du Quai Branly, en présence du ministre de la culture, Frédéric Mitterrand.

Personnalité à part, à la sensibilité hors-norme, les proches de Rémi Ochlik parlent de lui comme d'un idéaliste, d'un écorché vif qui parlait peu, jamais pour ne rien dire, un garçon à la fois modeste, simple et doté d'une volonté d'acier. Une volonté qui l'aura amené à embrasser cette carrière et à vivre des aventures rocambolesques (planques, marches de nuit…) que seuls les soldats d'élites, les agents secrets ou les reporters de guerre peuvent vivre. Mais Rémi en était conscient : "La guerre est comme une drogue. Quand on y a goûté, on ne peut plus s'en passer". Dominique Hennequin, autre reporter lorrain qui se trouvait en Irak au début de la guerre de 2003 nous confiait fin 2011 : " J’ai compris en couvrant la première semaine de la guerre en Irak la fascination des reporters de guerre, c’est une drogue dure. On a l’impression d’être dans l’instant de l’Histoire, c’est très fort. Je comprends ces gens mais je n’ai pas cette fascination…". En septembre 2012, le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire contre X pour homicide involontaire sur Rémi Ochlik et tentative d'homicide sur Edith Bouvier...

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A propos de l'auteur : Adrien verif

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