Histoire d'éveiller
De mi-octobre jusqu'au mois de décembre, un cycle de films allemands consacré au thème des migrations se projette au Centre Mondial de la Paix de Verdun, l'occasion pour Mylorraine.fr d'aller à la rencontre de membres de l'équipe du centre, histoire de s'interroger sur la mémoire et sur la meilleure manière de la faire fleurir...
Mylorraine.fr : Pouvez-vous me raconter tout d'abord ce qui a fait mûrir ce projet de cycle allemand ?
Stéphanie Le-Clerre : Le projet du cycle allemand au départ, c'était l'Institut Goethe qui le menait au niveau national, l'idée c'était de faire connaître la production cinématographique allemande contemporaine et récente à des scolaires mais aussi au grand public. Donc tous les deux ans, on a un partenariat au long cours avec l'institut, notamment sur la réconciliation franco-allemande, on a établi des contacts avec eux et c'est eux qui nous ont proposé ça parce qu'on a une salle de projection qui est très bien équipée. Ensuite pour plus de régularité on a décidé d'intercaler tous les deux ans nos propres cycles pour créer en quelques sorte un rendez-vous annuel pour le public. Cette année, on a choisi le thème de l'immigration suite à des débats qui ont eu lieu en Allemagne autour d'une déclaration d'Angela Merkel qui disait que le multiculturalisme ne fonctionnait plus en Allemagne aujourd'hui. Il y a eu des réactions assez conservatrices qui ont suivi et nourri le débat. Donc ça nous a semblé intéressant de réfléchir sur ce thème dans l'Allemagne mais aussi ailleurs au travers de films allemands sélectionnés par Peter Schott du Goethe Institut. C'est d'ailleurs lui qui fait le travail de sélection et de négociation des droits pour les projections, des contacts avec les réalisateurs, nous on organise, on accueille et on participe aux animations et discussions qui entourent les projections. Y a deux ans on a fait une sélection pour la chute du mur qui portait sur des films d'Allemagne de l'Est, de RDA, des films qui n'étaient jamais sortis en France !
ML : Quel est le public ? Cela trouve un réel écho ?
SLC : On est contents parce qu'on a beaucoup de monde, beaucoup de scolaires malgré le fait que l'apprentissage de l'allemand périclite d'ailleurs on a des élèves de tous âges et de toutes structures, on a une grande diversité de jeunes qui viennent et c'est très très bien, on a aussi des gens qui viennent en dehors du cadre scolaire et qui sont très fidèles, ils reviennent, ça veut dire que les films leur plaisent, que la qualité des débats plaît aussi !
ML : Quelles thématiques sont soulevées lors des conférences ?
SLC : Ce qui revenait souvent, c'était de savoir si les films semblaient coller à la réalité ou s'ils étaient caricaturaux, après il y a bien entendu des questions autour de la forme, la manière dont les difficultés sont traduites filmiquement on a eu des développements assez intéressants sur l'art de la mise en scène, par exemple des plans avec des barreaux, des décors sordides, des couloirs oppressants, donc comment on peut permettre au spectateur l'identification avec des personnages qui a priori sont assez éloignés de leur quotidien. Dans le cadre du film de jeudi dernier (« Otomo »
Un film de Frieder SCHLAICH, 1999), c'est l'histoire d'un camerounais qui se retrouve balloté à droite à gauche, un personnage qui est donc à mille lieux des gens qui constituaient le public et pourtant dans la salle il y a beaucoup de gens qui s'identifiaient à ce personnage, le public a ressenti très fortement la tension.
Un film de Frieder SCHLAICH, 1999), c'est l'histoire d'un camerounais qui se retrouve balloté à droite à gauche, un personnage qui est donc à mille lieux des gens qui constituaient le public et pourtant dans la salle il y a beaucoup de gens qui s'identifiaient à ce personnage, le public a ressenti très fortement la tension.
ML : On voit qu'avec une programmation moderne, le Centre Mondial de la Paix a un véritable ancrage dans le quotidien... On n'est pas dans l'aspect passéiste de la guerre mais dans la mise en perspective, dans l'actualité, de films quels que soient leur époque..
SLC : Oui notre vocation n'est pas de regarder l'avenir par le biais d'un rétroviseur, on est dans la projection et l'idée du Centre à la base, c'est bien de regarder vers l'avenir mais en gardant en tête le passé, le devoir de mémoire c'est réellement ça, c'est pas de se morfondre sur les drames du passé, et le Centre il est à Verdun à cause de la bataille de 1916 mais le but, vraiment, c'est de transcender ce passé douloureux pour aller vers la résolution des conflits, on continue d'insister sur l'amitié franco-allemande parce que c'est un vrai succès pas pour pour ressasser les conflits franco-allemands !
ML : Ce problème franco-allemand qui s'est dissout, si je puis dire, dans l'Europe, vous tentez d'en sortir et de créer des ponts ?
SLC : Tout à fait ! Beaucoup de problématiques contemporaines font écho à ce passé, des conflits armés militaires ou même des conflits d'autre type, moins violents dans les faits et qui n'en sont pas moins graves : l'exclusion, le conflit, tout ce qui peut mener à des guerres d'ailleurs ! On ne travaille pas que sur la réconciliation, on travaille aussi sur la prévention ! Pour prendre l’exemple de l'expo de Paul Wright actuellement exposée, son travail a une vocation absolument universelle, ça renvoie à l'Afghanistan, aux tours jumelles, à beaucoup de choses. Ce qu'on veut c'est éveiller les consciences !
ML : Dans cette idée quelles sont les prochaines manifestations prévues outre ce cycle du film allemand ?
SLC : On est en train de travailler sur une expo sur l'affiche politique qu'on va accueillir, c'est le Mundaneum de Mons en Belgique qui l'a monté avec son fond énorme de documentation. Auparavant le Mundaneum nous avait déjà créé une expo sur l'utopie qui était très belle. Là c'est une triennale de l'affiche. C'est très riche, ça permet un travail de l'image avec les enfants, des ados et des étudiants. Beaucoup d'autres expos et conférences, et puis il y a des choses très chouettes qu'on ne peut pas faire : on fait venir deux groupes de jeunes issus de pays ayant connus un conflit et l'idée c're souvent parce qu'on manque parfois de moyens, c'est les Rencontres Internationales de Paix : on fait venir deux groupes de jeunes issus de pays ayant connus un conflit et l'idée c'est de faire cohabiter ces jeunes pendant une dizaines de jours en les faisant réfléchir sur les raisons qui ont mené à ces conflits, on l'a fait avec des jeunes israéliens et palestiniens mais aussi avec des irlandais catholiques et protestants, des serbes et des bosniaques. Voilà on perpétue notre travail de veille avec des publics de tous âges...
Propos recueillis par LN.
Crédits photos : LN
Plus d'informations sur le cycle du film allemand ici et ici
A propos de l'auteur : Ln 



