Froville : sacré festival !
Valérie Godefroy, directrice du festival de musique sacrée et baroque de Froville la Romane, constate que la fréquentation ne fait pas défaut mais veut tout de même « casser les barrières de l’élitisme » inhérentes au registre baroque.
Comment est né le festival ?
En 1997, la femme du maire a lancé « Pourquoi ne ferait-on pas un festival de musique baroque ». Voilà ça s’est fait aussi simplement que cette annonce. Tout de suite on a offert une programmation d’une dizaine de concerts.
Vous êtes les seuls en Lorraine à diffuser ce genre musical ?
Il n’y a pas trop de saison comme la nôtre, en fait il n’y en a pas, l’Arsenal fait des trucs extras, fait même de plus en plus de baroque mais on reste quand même une spécificité dans ce répertoire en Lorraine.
Côté fréquentation, où en êtes-vous ?
L’année dernière on a eu une très belle fréquentation, 3500 spectateurs pour douze concerts, alors qu’on craignait l’effet crise. Pour cette année, la fréquentation semble un petit peu en baisse… pour l’instant. Toutefois on a la chance d’avoir en plus d’un lieu superbe, un public aussi assidu que passionné ça aussi c’est quelque chose d’important. Alors il faut reconnaître qu’il n’est pas de première jeunesse on perd certaines personnes donc bien sûr il faut le renouveler.
Alors, l’objectif pour vous reste de séduire le jeune public ?
Oui, on fait en sorte que de plus en plus le public jeune vienne, on propose des tarifs attractifs, aussi pour les bénéficiaires du RSA. Côté scolaire, on propose des ateliers pédagogiques, on a reçu 600 gamins de collège, on leur fait découvrir des sopranes. Quand on a une chanteuse devant les yeux, ça fonctionne du feu de dieu, ils passent une journée entière à vadrouiller sur les différents ateliers et on essaye de faire en sorte que la visite colle avec les programmes de 5e sur l’art roman et l’art gothique.
Une nouveauté cette année pour faciliter les venues ?
Oui, on a mis en place des navettes entre Nancy et Froville pour inciter les plus réticents à venir, pareil du côté de Lunéville. Histoire d’enlever la contrainte liée au déplacement et arriver dans les meilleures dispositions car une fois sur le site, on aime. On veut rompre les barrières de cet élitisme, les casser.
Quand se fait la programmation du festival ?
En automne. On a plus besoin d’appeler les artistes, ce sont eux qui viennent à nous. C’est embêtant d’ailleurs, il y a vraiment des tas de choses qui se font dans les ensembles français comme étrangers c’est un peu frustrant.
Froville est dans le dernier film de Philippe Claudel « Tous les soleils », ce fut une bonne publicité ?
Je ne pense pas en tout cas moi je n’ai eu aucun retour, je n’ai pas l’impression que ça ait joué. En tout cas pour nous c’était une superbe expérience pendant cinq jours, il y avait deux cents personnes à Froville, c’était une ambiance très sympa malgré le travail.
Le château de Lunéville et la rénovation de sa chapelle semblent vouloir faire la part belle à la musique baroque ?
On nous a demandé de faire des propositions de concerts, on l’a mis à l’intérieur du festival, si vous voulez c’est Froville délocalisée. Le 8 juillet on a le premier concert du festival à Lunéville avec la Belle et la Bête, concert qui tourne autour du conte, ce sera très convivial très familial, les enfants seront ravis d’assister à cela.
Les enfants, les personnes du troisième âge, pouvez-vous nous donner un concert programmé qui selon vous séduira les jeunes ?
Le 3 septembre, c’est de la musique italienne, un jeune chanteur argentin pas connu en France qui a déjà une belle carrière derrière lui, il s’appelle Franco Fagioli. C’est magnifique totalement représentatif de ce qu’on fait à Froville. Il faut vraiment venir y goûter c’est pas plus rigide, plus raide, plus difficile à écouter qu’une autre musique, il y a tellement d’émotions qui passent dans la musique baroque.
Dans le cadre de partenariat avec le château de Lunéville vous avez lancé un concours de chant ?
Oui, on a créé le premier concours international de chant baroque. 48 personnes sont inscrites, toutefois il faut faire les présélections, car seulement le tiers va être jugé sur place à Lunéville. Pour un premier et dans ce répertoire baroque c’était plutôt bien, on a 18 pays représentés. Ils se produiront devant un jury composé de professionnels de la musique baroque aux spécialités différentes, James Baumann, Philippe Le Fèvre, Franck- Emmanuel Comte, Philippe Maillard.
Vous bénéficiez de soutien financier ?
On a toujours été aidé au même niveau alors pour l’instant on aimerait bien garder ce niveau de subventions. Toutefois on aimerait en avoir plus pour développer des activités un peu plus prononcées envers différents publics. D’ailleurs au mois d’octobre on met en place Les concerts de Poche, pour attirer les gens à travers des ateliers de sensibilisation, dans les établissements scolaires mais aussi les sociaux. Histoire une fois encore de briser les barrières de l’élitisme et pour décomplexer ceux qui auraient peur de l’image que leur renverrait le festival.
Une dernière phrase pour convaincre les derniers réticents à la musique baroque ?
C’est une musique qui laisse passer toutes les émotions et qui ne pardonne pas quand les voix n’en ont pas. Le mot baroque fait peur, il ne faut pas, c’est que du beau, c’est que de l’émotion.
A propos de l'auteur : MathieuB 



