Festival Densités : champ de culture
A Fresnes-en-Woëvre, l'association "Vu d'un œuf" organise – entre autres - depuis 19 ans le festival "Densités", un rendez-vous qui voit débarquer dans ce village de 750 habitants des musiciens et artistes du monde entier parmi les plus pointus. Les explications d'Emmanuelle Pellegrini, directrice et programmatrice.
Mylorraine.fr : Racontez-nous en quelques mots la genèse de l'association Vu d'un Œuf et de son Festival Densités…
Emmanuelle Pellegrini : Vu d'un œuf est une association née en 1990. Au départ, c'était plutôt un collectif d'artistes, autour de Xavier Charles, clarinettiste qui joue dans le monde entier, et moi-même, qui suis poète et performeuse. On a commencé à organiser des concerts, et un festival en 1994. Assez vite, on s'est organisé de manière professionnelle non pas pour servir nos projets mais les musiques d'aujourd'hui, avec un réel "temps fort". Au départ, on était basé à Verdun, dans l'actuelle MJC du Verdunois, on y organisait des concerts toute l'année, avec des collaborations, des résidences comme celle de Globokar. On travaillait avec l'école de musique, mais ça ne nous intéressait pas de faire des masterclasses. Nous voulions plutôt concrétiser des expériences de "partage" plutôt que des ateliers. Faire des projets un peu plus "risqués" autour de la création contemporaine.
M. L. : Qui sont les acteurs de cette association et de ce festival ? Des amateurs de musique ? Des artistes installés à la campagne ?
E. P. : Une grande partie de l'équipe est là depuis l'origine, ce qui fait la beauté de l'aventure. Y compris des bénévoles qui ne sont ni musiciens, ni artistes. Ca s'est renouvelé quand on a déménagé à Fresnes-en-Woëvre. Notre président d'alors, Michel Oury, était de Fresnes-en-Woëvre. Il nous a parlé d'une salle à rénover. Et les pouvoirs publics nous ont soutenus. On a toujours été suivi, et ce dès la première année.
M. L. : N'empêche, votre travail artistique autour de la création contemporaine musicale ou dansée dans un village meusien doit en étonner plus d'un…
E. P. : Penser que la culture n'est pas pour les gens de la campagne, ça me hérisse le poil ! Je ne vois pas de gens plus ouverts en ville qu'ici. Ce ne sont que des visions, qui voudraient que les Meusiens ou les Vosgiens soient sous développés... On a mis en place des partenariats très forts, des expériences durant l'année vraiment remarquables… Il n'y pas de contradictions à cela, je ne vois pas pourquoi. Après, il y a des contraintes, des avantages et des handicaps : nous n'avons pas de lieu à nous, le festival se déroule dans une salle polyvalente qui a été rénovée et notre présence y a contribué. Mais on a toujours fait sans. Nous sommes des bernard-l'hermite ! Et je préfère, parce que nous sommes toujours en interaction avec les populations. Nous ne sommes pas dans une "tour d'ivoire". Ici, il ne pourrait pas y avoir une salle avec un seul utilisateur. Ca m'a fait réfléchir sur l'utilité d'un lieu culturel dans une ville... A défaut de lieu, on a tissé des liens. Et puis, on a été très bien accueillis. On est perçu comme tous les lieux qui défendent une création contemporaine, un peu bizarre, mais pas par tout le monde. Et puis, il y a beaucoup d'artistes installés par ici, dans les côtes de Meuse.
M. L. : Hormis le festival, vous travaillez aussi durant l'année à la réalisation de projets artistiques avec les habitants…
E. P. : On a des partenariats très forts avec des associations meusiennes qui s'occupent des personnes handicapées mentales, l'ADAPEI. Ca fait 8 ans qu'on travaille avec eux, sur des projets. Chaque mois, on organise des ateliers d'improvisation. Depuis qu'on est à Fresnes, on a une activité importante autour de la danse. Une chorégraphe a réalisé avec eux un travail sur les sens, dans la forêt, avec un spectacle en fin d'année… Ces projets évoluent tout le temps. Et puis, on a le soutien de mécènes comme la Fondation de France, et pour les 2 années à venir, celui de la Mutualité Sociale Agricole qui voulait monter des actions intergénérationnelles. Ils ne savaient pas trop quoi faire et sont venus nous trouver. On a aussi organisé une action avec les habitants d'un village, intitulée "Sons de saison", avec un compositeur électro-acousticien qui s'appelle Olivier Toulemonde. Pendant un an, avec un groupe, il a visité le village, les endroits sonores, ils ont fait une initiation à la prise de son, ont fait des sorties de nuit… A Verdun, on avait commencé par travailler avec des jeunes en difficulté, avec la protection de la jeunesse, qui au lieu d'aller en prison, venaient nous aider sur le festival et ont pu s'essayer à un atelier d'électro-acoustique avec le duo Kristoff K.Roll.
M. L. : Des artistes du monde entier (USA, Australie, Japon, Chine…) sont déjà venus au Festival Densités. Le public vient-il aussi de loin ?
E. P. : Il y a quelques années, je vous aurais répondu oui. Aujourd'hui, c'est variable, et le public se renouvelle beaucoup. Il y a des gens qui viennent régulièrement du Benelux et d'Allemagne. Eux, la convivialité, ça leur parle. Au début, ils étaient 2, maintenant, ils sont 30 ou 40. Les gens du village viennent de plus en plus. Le fait qu'on travaille toute l'année dans les écoles par exemple, ça crée quelque chose…
Pour plus de renseignements
- 55160 Fresnes-en-Woëvre, France
- 03 29 87 38 26
- www.vudunoeuf.asso.fr



