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Edouard Elias, étudiant et reporter de guerre

Etudiant à l'Ecole de Condé de Nancy, Edouard Elias, 21 ans, s'ennuyait au mois d'août lorsqu'il a décidé de partir faire un reportage qui le conduira… jusqu'en Syrie. A son retour, ses photos ont été publiées dans Paris Match, Der Spiegel, le Sunday Times et, aux dires de confrères, méritent déjà des prix internationaux…

Du 8 au 14 octobre dernier, les photoreporters du monde entier étaient réunis en Normandie, à l'occasion des Rencontres des Correspondants de Guerre de Bayeux-Calvados. Là, il a bien évidemment été question du traitement des conflits du Printemps Arabe, et ces professionnels auront eu une pensée pour ceux des leurs qui en ont été victimes, parmi lesquels Rémi Ochlik. A cette occasion, le travail d'un "rookie" a attiré l'attention. Edouard Elias, 21 ans, incarne une jeune génération qui, à l'image des aînés ayant couvert le conflit en ex-Yougoslavie, est capable de partir à l'aventure pour témoigner des horreurs du monde. Originaire du Gard, Edouard est arrivé à Nancy un peu par hasard. D'abord étudiant en école de commerce à Montpellier, il a dû se rendre à l'évidence : impossible de devenir comptable dans un bureau. Alors, en parallèle de ses études, il a travaillé les nuits durant sa vraie passion, la photographie, avec l'intention de devenir photoreporter. Durant cette période, il aura compulsé tant d'ouvrages de photo-journalisme qu'il peut citer aujourd'hui les noms de photographes - dont on ne connaît souvent que les clichés - tel un "fan".

Sur un coup de tête…

Parti pour s'inscrire dans une école lyonnaise, son dossier arrive trop tard. Ce sera donc l'Ecole de Condé, à Nancy, section photo. Jusqu'à ce 13 août 2012 : tandis que certains se prélassent devant les Jeux Olympiques de Londres, Edouard s'ennuie et peste de voir le conflit syrien passer au second plan dans les médias. Sur un coup de tête, il décide de partir pour un reportage sur les camps de réfugiés, à la frontière entre la Turquie et la Syrie. Il casse sa tirelire, achète un billet d'avion pour Antalya via Istanbul et rejoint la frontière en question. Edouard a peut-être vécu 10 ans en Egypte, à Charm-El-Cheikh où son père, d'origine italienne, travaillait, il ne parle pas arabe, mais en comprend des bribes. L'Anglais et l'Italien vont lui permettre de communiquer avec ses interlocuteurs. Arrivé à la frontière turco-syrienne, il fait la connaissance d'un militaire passé du côté des rebelles qui effectue le travail de "fixeur", un contact à-même d'emmener les journalistes et de leur permettre de faire leur travail dans une zone de conflits. Edouard, qui n'avait nullement l'intention d'aller en Syrie au départ, se méfie du militaire. Mais un petit groupe de journalistes se constituant pour traverser la frontière, il va leur emboiter le pas, en pensant rester en arrière et apprendre son métier auprès de ses compagnons de route, parmi lesquels Stéphane Dock qui va le prendre sous son aile…

"La plus grosse erreur dans ce métier, c'est de ne pas avoir de chance…" (P. Chauvel)

Edouard va rester 6 jours durant en Syrie. Basé dans une ville plus calme, entre la frontière turque et Alep, il se rendra chaque jour dans cette dernière, en proie aux combats, avant de rentrer à la nuit tombante. Sur les zones de conflits, les journalistes s'en remettent aux fixeurs qui connaissent les rues des villes et surtout celles où nichent les snipers. Conscients de l'importance de diffuser l'information dans les médias occidentaux, véritables "attachés de presse" dans les zones de conflits, les fixeurs ont un rôle primordial dans la couverture des conflits. "Sans eux, on n'est rien" admet Edouard. Ceux-ci n'orientent pourtant pas le séjour des journalistes et répondent même à leurs sollicitations. A aucun moment Edouard ne s'est entendu intimer l'ordre de prendre telle ou telle scène. Ce séjour sur place aura suffit pour permettre aux photographes d'appréhender les différentes dimensions du conflit…

Bombardements aériens, tirs de mortiers, de snipers, combat de rues… Les scènes d'épouvante vont se figer dans l'objectif de son appareil, et le boitier à quelques milliers d'Euros va aussi encaisser des chocs, comme lorsque pour éviter une rafale de Kalachnikov, il lui faut sauter dans la voiture. "Dans ces moments-là, on ne réfléchit pas". Une équipe de journalistes japonais sur place à Alep, équipe dont faisait partie Mika Yamamoto, n'auront pas eu cette chance, le 21 août. Edouard n'a pourtant rien d'un inconscient, ni d'un charognard avide de photos-chocs. Tant que faire se peut, il sympathise avec ceux dont il va tirer le portrait. L'humain reste son centre d'intérêt et Edouard veut avant tout raconter dans son travail la vie des Hommes, qu'ils soient en guerre ou non. A Alep, il aura vécu une semaine la peur au ventre, et ressenti cette adrénaline qui vous fait vous sentir vivant. Quand il suit à l'hôpital les victimes d'un attentat, il sent couler des larmes quand il appuie sur son déclencheur, et le sang qui ruisselle le long de ses genoux. Mais il se force à rester pour aider à sa manière, en espérant pouvoir montrer au monde ce qui se passe là-bas. Alors, pour tenir le coup, lui, qui ne fume habituellement pas "enchaîne clope sur clope".

Visa pour la profession

A son retour en France, Edouard se rend début septembre au festival Visa pour l'Image de Perpignan, à l'invitation de Stéphane Dock. En pensant naïvement dégoter un stage auprès d'une agence… A une table de café, il croise Rémy Ourdan et Laurent Van der Stockt, deux "pointures" du métier, ainsi que Sylvain Leser et Patrick Chauvel. "Il y avait une vingtaine de photos, on s'est regardé, deux pouvaient prétendre au World Press", confiait Rémy Ourdan à nos confrères de Télérama. Par l'entremise de ses aînés, il signe avec l'agence Getty Images et publie quelques uns des 1500 clichés de sa série baptisée "le martyre d'Alep" dans Paris Match, Der Spiegel et le Sunday Times. Son travail étonne. Le journal allemand ira même jusqu'à lui demander par mail si ses clichés ne sont pas des "fakes" ! Ce à quoi il répondra par des images-vidéo tournées aux mêmes moments par un autre journaliste de l'équipée et qui attestent bien de l'authenticité des scènes.

Edouard ne prend pas la grosse tête et relativise. Il ne se trouve pas courageux d'avoir été là-bas une semaine par rapport aux Syriens qui vivent cette situation depuis 19 mois. A l'entendre, il lui faudrait encore beaucoup travailler pour atteindre le niveau des meilleurs et aurait été finalement au bon endroit, au bon moment... Comment expliquer alors que le travail d'Edouard évoque des descentes de croix, des compositions à la manière de la Renaissance italienne ou le radeau de la Méduse de Géricault ? Lui qui fonctionne à la passion n'a que l'impression de faire son travail, celui pour lequel il est fait. "Quand je suis avec mon appareil, je me sens bien". Et s'il n'a pas l'intention de devenir un photographe de guerre à temps plein, il compte toutefois profiter de ses contacts sur place pour y retourner. A ceci près que, la prochaine fois, il s'équipera d'un casque, d'un gilet pare-balles et souscrira une assurance…

Crédit photo : Getty Images / Edouard Elias

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A propos de l'auteur : Adrien verif

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