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Delphine Gaillard, étoile parmi les étoiles

Deux fois par soir et 500 soirs par an depuis 2006, la trapéziste Delphine Gaillard joue dans « The Beatles - Love », un spectacle donné par le prestigieux Cirque du Soleil sur la scène du Casino Mirage de Las Vegas. Une jolie réussite pour cette jeune femme née et initiée au cirque à... Verdun !


Voilà donc 4 ans qu'une Verdunoise se produit à Las Vegas avec le prestigieux Cirque du Soleil dans « The Beatles - Love », un spectacle dédié à l'univers des 4 garçons de Liverpool. Les fans des « Scarabées » auront justement relevé que c'est pour la création de ce spectacle que Georges Martin, le producteur du groupe, et son fils Giles, avaient réalisé en 2006 l'album « Love », un condensé de la musique enregistrée par les Beatles aux studios Abbey Road réarrangée suivant les principes du bootleg (ou mashup), à savoir que les morceaux et les pistes furent réassemblées pour faire de nouvelles versions des chansons des Fab Four. De l'art de faire du neuf avec du vieux... Mêlant danse, acrobatie et comédie, le spectacle d'1h40, telle une évocation de l'univers des Beatles, retisse ainsi les liens entre l'histoire des musiciens et leurs chansons.

Trapéziste et acrobate, Delphine Gaillard y incarne donc Julia, la mère de John, un personnage important dans l'esprit de celui qui aurait eu 70 ans en 2010. Si John a été élevé par sa tante et a peu connu sa mère, il a aussi reçu d'elle sa première guitare. Premier choc. En 1958, Julia Lennon meurt renversée par une voiture, deux épisodes racontés dans le spectacle (sauf que, sur la scène, la voiture est une... « Beetle »), et la mère qui ne faisait que des apparitions dans la vie de John devient définitivement inaccessible. Voilà de quoi comprendre le personnage incarné dans le spectacle par Delphine qui a cherché à mieux connaître celle qu'elle incarne. Marqué par cette disparition, Lennon se plongera à corps perdu dans le rock, et se rapprochera d'un autre orphelin, un certain... Paul McCartney. Certains spécialistes du groupe écriront même par la suite que Julia n'a jamais cessé d'être l'inspiratrice des chansons de John. Ce dernier lui dédiera bien évidemment « Julia » (sur l'album blanc, en 1968), mais aussi « Mother » et « My Mum is dead », qui ouvrent et clôturent son premier album solo (« Plastic Ono Band ») paru fin 1970. C'est également là qu'il faut chercher l'origine du prénom de son premier fils Julian, né en 1963.



Pour Delphine, tout a commencé sur les tapis du Persé Circus de Verdun, une école de cirque qui était à l'origine un club de gymnastique, le « Persévérance Avant-garde » et qui existe toujours ! A 7 ans, le strass et les paillettes attirent Delphine qui n'a pas forcément envie de faire de la danse classique comme ses copines. Ce sera donc le cirque. Plutôt souple, elle travaille et présente à cette époque un numéro de contorsion mais se sent plus attirée par ce qui se passe en l'air. Ses éducateurs lui font comprendre que pour aller tutoyer les étoiles, il va lui falloir se « faire les bras ». Elle va donc s'y astreindre, non sans... persévérance. Quelques années et bien des tractions plus tard, elle monte pour la première fois sur un trapèze et présente son premier numéro vers l'âge de 13 ans. Pas découragée par sa famille qui assiste à ses premières voltiges à plusieurs mètres du sol, Delphine passe ensuite 2 ans à Paris à l'école d'Annie Fratellini.

Mais le coût de la vie parisienne l'oblige à vite travailler. A 19 ans, elle présente ses premiers numéros dans les parcs d'attractions de la capitale, puis part à Montréal pour se perfectionner. Elle y rencontre des membres du Cirque du Soleil qui gardent précieusement son contact. Elle travaille ensuite avec la compagnie « les Farfadets » et donne des spectacles à la belle saison sur des bateaux de croisières. Elle y présente des numéros de « tissu aérien », une discipline du cirque où l'acrobate évolue en l'air, entre deux grands morceaux de tissu qui tombent du ciel. Jusqu'au jour où le cirque du Soleil la rappelle pour se produire devant un parterre de stars, à l'occasion de l'ouverture du Festival de Cannes de 2005. Un moment qu'aujourd'hui encore, Delphine raconte avec des trémolos dans la voix : ce n'est pas tous les jours qu'on est applaudi par Charlotte Gainsbourg, Catherine Deneuve, Emir Kusturica et tout le gratin du cinéma !

Mais qu'est-ce qui fait planer Delphine ? « Quand je suis en l'air, j'ai mon propre espace. Je fais ma vie... » A l'entendre, notre trapéziste est plus attirée par le sentiment de liberté procuré par la hauteur (l'ivresse des cimes ?) que le goût du risque. Là-haut, elle se sent bien. Elle a ce qu'elle appelle ingénieusement « le contraire du vertige ». Et si la demoiselle ne s'est pas encore essayée au parachute, c'est uniquement parce que ses employeurs le lui interdisent formellement par contrat, de même que les sports potentiellement dangereux comme le ski...

Depuis 4 ans, Delphine vit donc son rêve (et « de son rêve ») à Las Vegas, à l'affiche de l'un des plus prestigieux spectacles que la capitale mondiale de l' « Entertainment » propose. Chaque jour, en plus du travail physique auquel elle doit s'astreindre telle une sportive de haut-niveau, elle franchit l'entrée des artistes du Casino Mirage à 16h, s'échauffe une heure durant puis se maquille et se coiffe elle-même. A 18h40, la troupe de 60 artistes se prépare à entrer en scène pour deux représentations, à 19h et 21h30. Delphine répète alors consciencieusement ses mouvements, comme un gymnaste avant son programme. Et c'est parti pour 1h40 de spectacle !

Quand on lui demande à quoi ressemble la vie quotidienne dans la cité du jeu, Delphine n'y va pas par 4 chemins : « C'est une autre planète, tout est démesuré. Il fait beau quasiment toute l'année, la ville est propre, on y joue de l'argent tout le temps... c'est un Disneyland, mais pour adultes. On voit des femmes qui vont au spectacle en robe de mariée... Le sentiment de liberté est tel que les gens vivent sans se soucier du "qu'en dira-t-on..."». Delphine regrette juste le manque de transports en communs et l'absence de métro. Pas pratique quand on vit à une demi-heure du « Strip », le grand boulevard qui traverse Las Vegas et où se trouvent les principaux établissements. Par contre, en ces temps de crise immobilière, le prix du mètre-carré a de quoi donner des idées : 1000 $, soit 760 € en cette fin 2010 !

Mais cette « liberté » à un prix. Ne demandez pas à Delphine si elle rentre en France pour les fêtes : la pauvre ne veut pas prendre ce risque, de peur de se retrouver bloquée à la frontière à son retour ! Bien sûr, elle est en situation régulière vis-à-vis des services de l'immigration, mais ceux-ci la considèrent comme une simple artiste de cabaret et rechignent de plus en plus à lui délivrer des papiers. Et Delphine de devoir expliquer continuellement qu'effectuer 10 fois par semaine un numéro acrobatique aérien à risques, parfois à près de 14 mètres du sol et sans sécurité, demande discipline, talent, et que ce n'est pas à la portée du premier venu ! Aujourd'hui encore, à 31 ans, Delphine se bat pour vivre son rêve, celui qu'elle faisait déjà quand, adolescente, elle fermait les yeux devant les affiches du Cirque du Soleil en se disant qu'un jour, elle en ferait aussi partie...

Crédits photos :
Photos de scène : Julie Aucion
Photos studio : Tomas Muscionico
Costumes par Philippe Guillotel
© The Cirque Apple Creation Partnership

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A propos de l'auteur : Adrien verif

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