Le Rite, Kung-fu Panda, Au-delà et plus récemment Harry Potter, autant de blockbusters dans lesquels, Damien Hartmann, originaire de Nancy, a posé sa voix pour des doublages qui l'ont fait rentrer dans cette corporation à part dans le milieu du cinéma en France. Il raconte son histoire à Mylorraine.fr !
Mylorraine.fr : D'où est venue cette passion pour les métiers de la voix, s'enracine-t-elle dans ton enfance, as-tu une anecdote à raconter ?
Damien Hartmann : Quand j'étais petit, je m'enfermais souvent dans la chambre de mon grand frère et nous faisions des parodies d'émissions, des séries de sketchs, des montages voix sur double cassette. A cette époque, j'étais vraiment hyper actif et ça me défoulait ! Un jour, il m'a offert la VHS de The Mask , j'ai été fasciné par la performance vocale d'Emmanuel Curtil qui double Jim Carrey. J'ai regardé mille fois ce film et j'ai commencé à en reprendre les répliques pour faire marrer mes potes à la table de la cantine de l'école primaire. J'avais toujours un dictaphone sur moi pour enregistrer quelques conneries...il m'est même arrivé d'enregistrer l'instit' qui faisait son cours en mettant l'appareil dans mon casier, et je remixais sa voix avec les Beastie boys en rentrant chez moi (Rires). J'ai poursuivi dans un univers artistique en suivant des cours de batterie, de guitare, de chant et puis de piano, aidé par ma sœur pianiste. Au final tout ça m'aide aujourd'hui dans la voix off et le doublage, car un certain sens du rythme est nécessaire dans ces activités.
Ml : Tu es monté à la capitale... Paris et ses réseaux, as-tu fait des rencontres qui se sont avérées décisives pour la suite ?
DH : C'est vrai, c'est là que tout s'est accéléré ! J'ai eu la chance d'avoir un pote très intégré dans le milieu du "showbiz" qui m'a très vite présenté du monde, et m'a entrainé dans les bonnes soirées de la capitale. Début 2007, j'ai participé à une première soirée organisée par Thierry Ardisson, rue de Ponthieu, dans le 8ème arrondissement, où j'ai pu rencontrer quelques personnes m'aidant pour la suite de ma carrière, comme le grand producteur Gilbert Coullier grâce à qui j'ai pu voir des conceptions de comédies musicales ou rencontrer des artistes très talentueux en dehors de la scène. Puis de fil en aiguille, j'ai parcouru des centaines de ces soirées (et il y'en à toutes les semaines ! ) armé de mes cartes de visite. Début 2008, grâce à une rencontre avec Roberto Ciurleo (alors directeur des programmes d'NRJ) qui allait mettre en place sur le net un bouquet de plus de vingt radios, je débute une carrière d'animateur radio, parallèlement à mon activité de voix off qui commençait à bien tourner.
Ml : Quelle a été ta première voix off ?
DH : J'avais 19 ans, ma première voix off officielle était une bande annonce clip pour la chaîne MCM. Je suis devenu voix de la chaîne pendant deux ans et demi avant de revenir quelques temps plus tard exactement dans le même studio en tant que voix antenne de la chaîne Canal J, car pour MCM comme pour Canal J les enregistrements se déroulent chez Europe 1.
Ml : Quels personnages as-tu doublé depuis tes débuts ?
DH : Concernant le doublage avec synchronisation labiale, (ce qui est différent de la voix off) encore très peu. J'ai débuté il y a environ 1 an et demi. J'étais au cinéma. Je regardais Harry Potter et comme je le fais souvent, je note les noms des intervenants qui défilent sur le générique et je fais ensuite mes petites recherches. J'ai alors pu rencontrer une grande directrice artistique qui s'appelle Jenny Gerard, qui était sur le point de mettre en place un premier stage de doublage auquel j'ai participé. C'est une chose qui ne plaît pas forcément aux dinosaures de la voix dans le milieu, (le coaching, les formations..) car beaucoup de comédiens débutent naturellement très jeunes, pour moi c'était un plus, j'en ai tiré que du positif et rencontré des gens géniaux. C'était une très belle aventure. J'ai donc débuté grâce à Jenny en post synchronisant l'acteur Chris Marquette dans le film The Rite, (film de Michael Petroni avec Anthony Hopkins) puis en poursuivant par de petits rôles dans Harry Potter, dans le film Au delà de Clint Eastwood ou encore Kung Fu Panda 2.
Ml : De quelle façon abordes-tu ces personnages ?
DH : S'effacer derrière un acteur, transmettre des émotions par la "simple voix", est un exercice extrêmement délicat... C'est un travail vraiment différent de la voix off qui elle fait plus appel à de la technique, des musicalités, des tons biens précis auquels s'ajoute une petite touche personnelle. Concernant le doublage, il faut vraiment avoir des ressources de comédien, être synchrone avec l'acteur qu'on double, avoir travaillé la comédie, fait un peu de théâtre, pour pouvoir proposer et aller chercher des choses en soi rapidement. Je suis encore novice, cependant je peux dire que ce n'est pas toujours facile si par exemple tu arrives dans un casting, que le personnage est loin de ce que tu es dans la vie, que tu ne l'imagines pas assez alors ce n'est pas évident. Là, il ne faut pas parodier ou exagérer en truquant sa voix. Tu peux être excellent sur un perso et très mauvais sur un autre, c'est pour ça que les directeurs artistiques font parfois de long castings... en général, ils ne laissent pas beaucoup d'essais, et il faut réussir à être bon en une ou deux prises.
Ml : Lequel as-tu le plus aimé interpréter ?
DH : Concernant le doublage ciné c'est donc une question encore un peu prématurée pour moi, il devrait y avoir pas mal de nouvelles choses courant 2012, pour l'instant je vais forcément répondre que j'ai adoré faire Le Rite avec Hopkins car c'est là que j'ai eu un vrai perso! J'ai eu de bons souvenirs sur le plateau d'Harry Potter, même si ce n'était que de petits rôles car l'ambiance du plateau était très cool ! Travailler avec une famille qui est en place depuis dix ans, être super bien accueilli par des gens simples et passionnés, se retrouver tous au restau le soir même à discuter de toute cette aventure qui pour eux à durée plus de dix ans ! C'était un vrai plaisir ! J'ai aussi aimé faire quelques doublages pour des jeux vidéos comme Diablo 3, car je jouais à ce jeu étant petit, des jeux Xbox ou des animations 3D, et des parodies de films pour Canal + ou on peut plus se lâcher sur la déconne. Ce qui m'amuserait là tout de suite, ce serait de faire les voix du prochain Call of Duty et de m'entendre tout en éclatant des zombies.. ! (Rires)
Ml : Comment fait-on appel à toi ? Tu passes un casting ?
DH : Pour la voix off, un studio fait appel à toi car tu as envoyé tes voix auparavant. Avant on envoyait des cds, aujourd'hui on passe par le mp3, les mails, les sites internet... Il faut travailler sa voix très régulièrement sur les différents types de textes qui existent et avoir une articulation la plus parfaite possible. Il faut être très autonome, bien organiser sa comptabilité. Il y a aussi un fastidieux travail marketing à faire, de longues nuits à faire du mailing, du montage vidéo, de la conversion d'images récupérées et l' organisation d'un site propre qu'il va ensuite falloir répertorier dans des annuaires en France et à l'étranger. C'est une vitrine et il ne faut pas la négliger. Il faut toujours montrer aux prods que tu as évolué par rapport à l'année précédente. Il faut également aller régulièrement en soirées, où tu peux rencontrer des potes qui te présentent d'autres potes avec qui tu peux échanger des cartes de visite. Je dois avoir 2 ou 3000 cartes de visites qu'on m'a données dans mes tiroirs. Ensuite on t'appelle, te propose une heure, tu pars en studio tu signes ton contrat et tu démarres la séance. Dans l'idéal, il faut pouvoir assurer en moins de trois prises. Une séance peut durer dix minutes comme elle peut durer cinq heures suivant ce qu'on vient enregistrer.
Pour le doublage, c'est un milieu plus fermé. Il faut être encore plus patient, se constituer un réseau et le faire marcher quand on se sent prêt. Souvent les comédiens sont recrutés directement au théâtre, ou ont déjà commencé à en faire enfant à l'âge de 5 ou 6 ans. Le casting se déroule dans une salle plus grande, un audit. On écoute une ou deux fois la vo (version originale), et on attaque à la barre avec le texte qui défile sous l'écran.
Ml : Le cinéma fait appel à toi, mais aussi la télévision...
DH : Effectivement, je travaille chaque semaine comme voix off pour Canal J, Nrj 12, France Télévisions, Discovery, Planète, MTV, Game One... Cela peut être du commentaire d'émission, de la pub, du corporate, des bandes annonces, du voice over (traduire en parlant par dessus la voix étrangère sans post-synchro labiale). Il y a plus d'une vingtaine de spécialités dans ce métier. En dehors de la voix off j'ai eu l'occasion de passer plusieurs fois à l'écran comme chroniqueur plateau dans les émissions de Julien Courbet sur France 2. C'était vraiment génial et très flippant à la fois, j'ai adoré ça ! Julien Courbet est un mec cool et déconneur, en fait il n'y avait pas vraiment de pression hormis celle qu'on se met soi-même, je dirai plutôt que c'était une bonne dose d'adrénaline ! Toujours pour la petite lucarne, j'ai aussi co-écrit et tourné une petite série de Noël pour la chaîne Gulli fin 2011.
Ml : Tu as commencé de manière artisanale, chez toi à Paris, dans ton home-studio, a développer tes propres projets...
DH : En fait par le biais de la radio je commençais à travailler la musique plus sérieusement en plaçant des titres sur quelques émissions télé. J'avais donc déjà construis un studio chez moi auparavant avec un équipement pro pour pouvoir délivrer du son professionnel. Concernant la voix off, aujourd'hui je travaille de plus en plus en studio et moins dans mon propre studio.
Ml : Voyages-tu grâce au doublage?
DH : Avec le doublage tu voyages ! Mais.... surtout dans les métros ou sur les périph' pour te rendre dans les studios de la banlieue parisienne ! (Rires). C'est souvent plus excentré que pour les séances voix off. Si les comédiens à l'écran sont à Hollywood , les comédiens de doublage sont plutôt vers Saint-Ouen ou Saint-Denis.
Ml : Le doublage et la voix off ne sont pas tes seules activités ?
DH : Je suis un peu touche à tout, j'aime faire plusieurs choses à la fois. Celle qui monopolise beaucoup de temps en ce moment c'est la production musicale. Après une expérience de tournage en janvier dernier à Miami où j'ai eu l'opportunité d'ouvrir une LLC avec des potes (limited liability company) nous ouvrons ce mois-ci une holding à Paris dans laquelle je serai associé à David Goldcher (ex Stern music) , et Jean Marc Dorangeon (ex dir. des programmes Lagardère Fun radio, RTL, Virgin..). Nous avons déjà récolté pas mal d'investissements pour donner leur chance aux futurs projets. Cette année, nous allons travailler sur plusieurs titres en studio et préparer des tournages clips en France et aux EU. Les Français ont la cote en ce moment là bas, c'est plutôt cool, il faut en profiter (Rires) ! Normalement les premières productions devraient arriver cet été. Parallèlement à ça, je travaille sur le développement d'une série TV justement basée sur la voix, avec mon collègue et pote voix Marc Duquenoy (voix d'M6, France Inter, Gulli...) et David Coudyser, un auteur réalisateur très talentueux qui a 500 idées par secondes ! Nous avions débuté une pièce de théâtre que nous avons finalement décliner en pastilles vidéo. On devrait terminer les pilotes à la rentrée.
Ml : Tu as quitté Nancy en janvier 2007, comment perçois-tu la ville depuis Paris ? Tu reviens t'y reposer de temps à autre ?
DH : Ce qui me fait toujours sourire et très plaisir en arrivant, c'est d'entendre l'accent Lorrain du chef de gare qui annonce l'arrivée en gOôôre de Nancy ! Je le remarque plus qu'avant car j'entends notre accent beaucoup moins souvent, et là je me dis "il ne s'est pas trompé ! Je suis bien arrivé !" (Rires)
J'adore revenir ici voir ma famille et mes potes, en moyenne une fois par mois. En fait je me repose pas tellement car je reste peu de temps et je suis plutôt fêtard donc je navigue beaucoup. Je fais le tour des bars, des apparts de potes, j'essaie de voir tout le monde en même temps et le week-end passe généralement très vite.
Ml : Comment te vois-tu dans dix ans?
DH : Toujours heureux ! Avec une super nana et puis peut-être plein de petits morveux !! Donc l'aboutissement et la prospérité de tous les projets en cours pour avoir plus de temps libre, faire encore plus de rencontres improbables, et puis toujours plus de voyages ! Continuer à concrétiser mes passions, prendre des risques, provoquer la chance, faire des erreurs, me remettre en question quand il le faut, et positiver un max... Ce serait bien qu'on apprenne ça dans les écoles. En 2012 il devrait y avoir des coachs pour ça, il existe plein de choses, plein de métiers, dont on ne nous parle pas !
Ml : Un dernier mot !
DH : Kamoulox !!!!!!