Damien Fontaine illumine Domrémy
Depuis 2003, le metteur en scène Damien Fontaine présente des spectacles multimédias à travers le monde. A tel point que ce vosgien n'avait rien créé en région depuis. Les 5, 6 et 8 juillet prochain, il donne une gigantesque création originale sur le parvis de la basilique de Domrémy, à l'occasion du 600ème anniversaire de la naissance de Jeanne d'Arc.
Mylorraine.fr : T'attaquer à un spectacle devant la basilique de Domrémy, près de chez toi, ça te fait plaisir ?
Damien Fontaine : Plaisir… oui, dans le sens où le sujet me tient à cœur. C'est quelque chose qui est suffisamment important aujourd'hui pour le faire. Après, honnêtement, si je ne le faisais pas, je n'aurais pas de quoi m'ennuyer ! Le week-end qui précède, je donne un spectacle en Auvergne prévu de longue date mais à côté du spectacle de Domrémy, c'est une promenade de santé ! C'est un spectacle de commande, bien calé, je suis bien entouré et c'est la 4ème fois que je le fais, même si c'est un nouveau spectacle parce que je fais en sorte de ne pas faire de redîtes. Donc, c'est un plaisir d'avoir écrit ce spectacle sur Domrémy. Mais c'est un plaisir dans la douleur. On a mis les petits plats dans les grands, on est parti sur quelque chose de très ambitieux, dans l'approche visuelle, avec des participants, avec plein de technique… Faire un spectacle d'images, j'allais dire "il n'y a rien de plus simple". Il suffit d'appuyer sur "On". Mais mêler images, lumières, des effets, des intervenants, que tout se mélange, que les images interagissent avec les personnages… Et le tout ne dure pas 20 minutes mais une heure et quart.
"On est parti sur quelque chose de très ambitieux…"
M. L. : Depuis combien de temps n'avais-tu pas illuminé un site de Lorraine ?
D. F. : J'avais fait un concert-spectacle au profit des "Enfants de la Lune" à la carrière Collot d'Epinal, mais je crois que le dernier vrai spectacle, c'était en 2003 dans l'Amphithéâtre de Grand et au Fort de Bourlemont. Je n'ai rien refait depuis dans la région. C'était un été assez chargé. Le premier spectacle était fin juin, le suivant deux mois après. Il fallait tout gérer, j'étais aussi à mes débuts, il y avait des choses que je connaissais moins bien, c'était assez complexe…
M. L. : Le site de Domrémy et l'histoire de Jeanne d'Arc représentent-ils quelque chose de particulier pour toi ?
D. F. : J'entendais dire, et j'entends encore dire qu'il ne se passe rien dans le secteur, que c'est un territoire qui ne bouge pas beaucoup, toutes ces rengaines… Bon, je ne me présente pas comme le Zorro du spectacle... Mais le fait est qu'il y a un prétexte, avec les célébrations du 600ème anniversaire de la naissance de Jeanne d'Arc. Et puis, il y a le lieu, cette basilique est géniale, elle a un vrai pouvoir d'accueil et de séduction du public, elle est vraiment impressionnante. On a ici quelque chose qui peut nous donner l'occasion de proposer un spectacle à part entière, qui ait une vraie résonnance sur le public et sur le secteur.
"Je fais depuis 4 ans un spectacle sur Jeanne d'Arc à Orléans et je ne serais pas capable de le faire à-côté de chez moi ?!"
M. L. : L'idée d'un spectacle à Domrémy est dans ton esprit depuis longtemps ?
D. F. : En 2003, à l'époque du spectacle à l'Amphithéâtre de Grand, Alain Jacquot qui était conseiller général du canton de Neufchâteau et féru de culture m'avait dit "Damien, ce serait quand même bien que vous fassiez un jour quelque chose sur l'esplanade de la basilique de Domrémy". Honnêtement, à l'époque, je n'y ai pas pensé plus que ça. Et c'est resté enfoui dans un coin de ma mémoire. Tout s'est mis en place à partir du moment où j'ai pris conscience que cette année était celle du 600ème anniversaire de la naissance de Jeanne d'Arc. Je fais depuis 4 ans un spectacle autour de Jeanne d'Arc sur la façade de la Cathédrale d'Orléans et je ne serais pas capable de le faire à-côté de chez moi, sur le lieu même de sa naissance ?! Parce que s'il est un endroit où il faudrait le faire cette année, c'est bien là où elle est née ! Finalement, ce n'est pas tant une volonté politique de faire ce spectacle, mais visiblement, il y a une attente du public. Alors, qu'est-ce qu'on fait ? On regarde le train passer ? On réfléchit, on tergiverse, ou on y va ?
M. L. : Est-ce un projet lourd à gérer ?
D. F. : On a pris du retard pour des questions d'autorisations. Il a donc fallu mettre les bouchées doubles, parce que le sujet le mérite. Le lieu le mérite… Et à l'heure où je te parle, ça n'arrête pas. Je ne suis pas le seul à ne pas arrêter, j'ai des troupes avec moi… Je suis un peu comme Jeanne d'Arc des fois. Quand elle est partie à Vaucouleurs avec ses troupes, elle a "ramé". Ben, c'est pareil. C'est ce que je me dis parfois pour me réconforter ! (rires)
"Je suis un peu comme Jeanne d'Arc des fois…"
M. L. : Depuis combien de temps travailles-tu sur ce projet ?
D. F. : J'ai commencé à faire mes premières démarches à l'automne de l'année dernière. On m'a déjà répondu que c'était un peu tard, et j'ai failli laisser tomber. Mais comme je t'ai dit, "Jeanne d'Arc"… mais la comparaison s'arrête là ! (rires) Le projet retoqué, je laisse passer les fêtes de fin d'année, et je me dis "ce serait trop bête". J'ai donc réfléchi à le faire différemment. Si le projet ne peut pas se faire comme je l'imaginais, j'ai pensé impliquer tous les prestataires techniques avec lesquels je travaille, que je les implique dans l'opération. On me dit alors "pourquoi pas". Je vais alors demander l'autorisation pour jouer devant la basilique. Et la formalité a pris du temps… Je me souviens ce que Robert Hossein m'avait dit quand il avait fait son spectacle sur le parvis de la basilique de Lourdes. Il avait aussi dû attendre après cette autorisation. Et c'était Robert Hossein ! J'ai donc dû convaincre, mais j'ai surtout dû attendre. Alors que j'avais d'autres opérations prévues de longue date, qui étaient prioritaires, tout en écrivant le spectacle de Domrémy. J'ai lancé la production effective de ce spectacle dans la foulée de celui d'Orléans, donc le 12 mai.
M. L. : Peux-tu nous donner un avant-goût du spectacle ?
D. F. : Le spectacle dure 1 heure et quart, avec une heure d'images, ce qui est faramineux, des images projetées sur un bâtiment assez "tordu". Le décor, c'est le parvis de la basilique, dans lequel vont évoluer les différents intervenants. On y verra des scènes de foules très fournies, quand Jeanne rentre à Orléans, part de Vaucouleurs, fait sacrer le Roi à Reims... Ce sont des grandes scènes où l'on va retrouver tous ces personnages évoluant devant les lieux, ces lieux-là étant transformés au gré d'images qui recomposent les décors. Ce qui donne une interaction entre les figurants qui évoluent sur l'esplanade et les images projetées sur la basilique. Une sorte de 3D naturelle, avec une perspective, une profondeur, avec un bâtiment qui sert le propos. Il y aura entre 80 à 100 personnes sur scène, des bénévoles qui se prêtent au jeu, des effets pyrotechniques… Et une musique réorchestrée pour l'occasion. Je voudrais tirer un grand coup de chapeau à toutes les personnes qui travaillent avec moi sur la réalisation des images, deux graphistes… le hasard a voulu que l'un et l'autre soient de Gérardmer ! Je les ai choisis pour leurs compétences et non pas le fait qu'ils vivent à Gérardmer. Alors que parfois, je fais appel à des gens qui travaillent un peu partout en France. On mélange dans ce type de spectacles des performances technologiques de pointe mais aussi une approche plus artisanale, familiale, qui fait que ça marche.
Crédit photo aérienne : l'Europe vue du ciel
Pour plus de renseignements
- BP 45
- Domrémy-la-Pucelle, France
- 03 29 94 10 95
- spectaclemonumental-jeannedarc.fr



