CharlElie : haute Couture
Peintre, écrivain, musicien, chanteur, photographe, sculpteur... CharlElie collectionne les casquettes, et on se voit mal l'interroger sur une seule facette de son travail. Mais comme sur MyLorraine.fr, la parole est aux Lorrains... A l'occasion de son passage en concert à Nancy vendredi 4 février, nous étions obligés d'évoquer ses racines !
Né en 1956 à la Maternité de Nancy, très vite plongé dans le milieu de l'art de par son père antiquaire, Bertrand Charles Elie Couture se lance très jeune dans les pratiques artistiques. Il apprend le piano, s'essaie à la sculpture et fait même des petits films avec son frère Jean-Thomas, plus connu sous le nom de Tom Novembre. A 16 ans, il quitte le lycée Poincaré, passe son Bac en candidat libre et s'inscrit aux Beaux-Arts dont il sortira avec une thèse sur « la polymorphie de l'esprit ». Déjà à cette époque, CharlElie s'interroge sur son intérêt pour les différentes formes d'art. Déjà, il propose peintures, photos, textes... et auto-produit un premier disque tiré à 1000 exemplaires qui attire l'attention des professionnels. En 1981, il devient le premier artiste français signé par le fameux label Island Records (Bob Marley, U2...) de Chris Blackwell. Le disque qui sort la même année sera classé en 2010 par le magazine Rolling Stone comme faisant partie des 25 disques qui ont marqué l'histoire du rock en France. S'en suivront une vingtaine d'albums et 1500 concerts à travers le monde. Mais CharlElie n'est pas QUE musicien. Depuis cette époque, son esprit en constante ébullition produit quantités d'œuvres plastiques qui sont exposées à travers le monde. Si bien que, depuis 2004, c'est à New-York, ville artistique par excellence, qu'il vit. Et s'épanouit.
MyLorraine.fr : Vous vous définissez comme « multiste », autrement dit « multi-artiste », suivant le mot de Mario Salis (poète et compositeur italien installé à Metz). Comment choisissez-vous de prendre un jour la guitare, un jour le pinceau, un jour le stylo ?
CharlElie : Je choisis le mode d'expression le mieux adapté à ce que j'ai à dire. Certains sentiments peuvent se raconter avec des mots, d'autres émotions sont plus fortes en images, enfin la musique donne un autre sens à l'espace.
Vivez-vous ces approches de la même manière ? Vous procurent-elles les mêmes sensations ?
Oui, je les vis aussi intensément l'un que l'autre. Mais pour ce qui est des sensations... ça ne marche pas exactement dans ce sens. Je suis un émetteur. Ces moyens d'EX-pression, me permettent surtout de faire sortir tout ce qui me met la pression. Pour les sensations « procurées » il faut plutôt poser la question à ceux qui reçoivent ce que je fais.
Qu'y a t-il dans la musique que vous ne trouvez pas dans la peinture (par exemple) ?
Choisir le médium adéquat, comme on choisit le bon outil, voilà ce que c'est que le « multisme ». Le double-sens des paraboles humanistes que j'écris depuis toujours ont plus de raison d'être en chanson, tandis que la réflexion que je mène sur la relation entre « l'Être et son environnement urbain », entre on va dire le « construit » et « l'inconstructible », ou plus simplement entre le « rationnel et l'intuitif », toutes ces idées métaphysiques sont plus faciles à transmettre par le biais des Arts visuels.
Vous n'êtes pas en panne d'inspiration... qu'est-ce que l'inspiration pour vous ? Un souffle, une magie, une poésie ?
Un peu tout ça, oui. Mais il faut rester très humble, l'inspiration est un murmure qu'on entend qu'une seule fois. L'inspiration c'est comme la foi. Il faut l'avoir en soi pour la reconnaître. On l'entend à peine, et pourtant il faut cesser de faire immédiatement ce que l'on était en train de faire pour faire absolument ce qu'on ne devait pas faire, sinon c'est râpé. C'est ça l‘inspiration. Tout le monde n'est pas disposé à tout arrêter pour écouter des voix ! (rires)
Vous aimez jouer avec les mots. Vous envisagez l'art - en général - de façon « ludique » ? Ou au contraire, « comme une religion » (comme on a pu le lire par ailleurs) ?
C'est en effet un engagement sans retour arrière. Pour moi c'est une évidence, c'est pour cela que je parle de foi. Je crois que l'Art est la quête d'un absolu.
Vous êtes parti vivre à New-York en 2004, était-ce une étape incontournable ?
Oui, il m'a semblé pour moi en tout cas que ça l'était... Tous les artistes dont j'admirais le travail étaient un jour ou l'autre passé par là. J'avais envie de m'y éprouver aussi.
Vous êtes en tournée pour 6 mois dans « la francophonie », vous vous produisez en concert à Nancy : j'imagine que cette date a un goût particulier ?
Le nom de Nancy résonne pour moi d'une manière particulière en effet, puisque j'y ai des souvenirs liés à mon enfance et à mon adolescence. Maintenant, je dois reconnaître que les blocages venant de certaines personnes pour m'empêcher d'exposer à Nancy ont quelque peu refroidi mon ardeur. Je viendrai donc y jouer avec la même conscience engagée que je mets dans tous mes concerts, tout en sachant que je reconnaîtrai pas mal de visages dans l'audience.
Depuis quand n'étiez vous pas revenu à Nancy, même pour un concert ?
La dernière fois, il me semble que c'était au Nancy Jazz Pulsations. Un beau concert à la Pépinière, il y a quatre ans je crois.
Vous avez été élève à Poincaré, diplômé des Beaux Arts. Quels ont été les autres lieux-clés de votre vie nancéienne ? Ceux que vous gardez « dans votre cœur » ?
Comme ça, je dirais l'Ecole Braconnot, l'Excelsior, les Galeries Poirel...
Si on vous dit « Lorraine », quelle est la première chose qui vous vient à l'esprit ?
« En passant par... ». « Qui s'y frotte s'y pique » aussi ! Les craquelines à la mirabelle, les macarons des sœurs ou le « Saint-Epvre », Stanislas au bord de sa cheminée dans le château de Lunéville, les étoiles de la colline de Sion, les rivières du Brénon et du Madon où j'allais pêcher, Saint-Nicolas et Père Fouettard, l'ASNL et Platini, et aussi Vincent Munier, auteur du très beau livre de photos « Au fil des Songes », sur une Lorraine rare et pour lequel j'ai écrit plusieurs poèmes...
CharlElie en musique : http://www.charlelie.com
CharlElie en peintures : http://gallery.charlelie.com



