Anthony Roux : un lorrain sur le Tour de France
A quelques jours maintenant de la Grande Boucle, Anthony Roux, le coureur de la Française de Jeux, originaire de Verdun, a pris le temps de répondre à nos questions par téléphone car le lorrain vit désormais à Bormes-les-Mimosas.
Ce jeudi commencent les Championnats de France de cyclisme à Boulogne-sur-Mer… Comment les abordes-tu ?
Un peu stressé comme à chaque fois.
Vainqueur du Circuit de la Sarthe en avril, du Tour de Lorraine en mai, tu comptabilises 5 victoires cette année, tu es l’homme en fort de la FDJ cette année, ça ajoute une pression supplémentaire ?
Ce n’est pas grâce à ces résultats que j’ai fait troisième aux championnats de France en 2009, mais j’ai très à cœur de faire un résultat dimanche prochain. C’est MON objectif.
Un Tour avec le maillot de champion de France sur les épaules, ce n’est pas un Tour comme les autres puisque le titre confère une obligation de « se montrer », ce serait la propulsion médiatique rêvée à 24 ans ?
La dernière fois je regardais les résultats de Thomas Voeckler et je me suis aperçu qu’il avait été champion de France à 24 ans, je veux être champion de France c’est sûr mais pas pour être visible que le temps du Tour.
Tu viens tout juste de terminer 14e du Tour du Luxembourg, la prestation de l’équipe au trèfle a été saluée, te concernant, tu t’es même sacrifié dans la seconde étape, c’est une façon de montrer qu’il faut vraiment compter sur toi désormais ?
Au Luxembourg, je n’ai fait que rendre les efforts que les coéquipiers avaient faits pour moi avant, notamment pendant le circuit de lorraine.
En 2010, tu as terminé ton premier Tour de France, que retiens-tu de cette première expérience dans la Grande Boucle ?
Qu’on ne peut pas la comparer avec une autre compétition, on ne peut y aller qu’en véritable forme physique, sinon elle t’avale.
On t’y a vu sourire devant les caméras de France Télévisions de ta place de lanterne rouge, c’était ta façon à toi de relativiser, l’essentiel était tout simplement de le terminer ?
Je n’allais pas pleurer d’être lanterne rouge ! Déjà que d’être dernier c’est pas facile, ça prouvait au moins qu’on pensait à moi, ça a rendu la galère du moment plus sympathique à vivre. Je n’étais pas en forme, je n’ai pas pu développer mes qualités, une fois qu’on sait ça et bien on essaye au moins d’aller jusqu’au bout… avec le sourire.
27 coureurs au sein de la team FDJ, tu feras partie des sélectionnés pour le Tour de France 2011 qui commence le 2 juillet ?
Je fais partie des 14 présélectionnés mais ce n’est qu’une fois le critérium du Dauphiné Libéré fini qu’on connaît la liste.
Tes ambitions pour cette édition 2011 ?
Gagner une étape, ça ne sert à rien d’y aller pour viser quoi… la 40e place. La victoire d’étape, il y en a certaines qui en plus me correspondent bien.
Comment sens-tu ton équipe récemment classée première de l’Europe Tour ?
Le classement Europe Tour est une chose, le Pro Tour une autre. Je sais juste que notre sprinteur Hutarovich ne pourra être présent sur le Tour mais aussi Pierrick (Fedrigo), ce sont deux cartes maîtresses en moins pour la team.
Cancellarra, les frères Schleck, Leipheimer, Contador, ils semblent être au cyclisme ce que Federer, Nadal, Djokovic, Murray sont au tennis, sont-ils ressentis ainsi par le reste des coureurs ?
Le vélo c’est carrément différent, on ne peut pas comparer sport individuel et collectif. Toutefois, oui, il y a comme dans tous les sports, des têtes d’affiche.
Qui peut gagner le Tour cette année selon toi ?
Je m’en fous (rires)… Je sais juste que ça ne changera pas mon Tour, je vais pas m’en intéresser, j’ai déjà suffisamment de problèmes à régler comme ça. Pendant le Tour, t’as l’impression d’être toujours le cul sur la selle, le reste du temps tu te reposes, t’as pas le temps pour les pronostics mais disons pour répondre quand même à ta question… Contador, normalement.
En 2009, tu as gagné une étape de la Vuelta, rétroactivement penses-tu qu’il y a eu un avant et un après cette victoire ?
Une carrière de cycliste ne se base pas sur les déclics, tu avances par pallier, tu t’inscris dans la continuité. Toutefois ce fut un grand moment, ce n’est pas donné à tout le monde. Tu te rends compte de tes possibilités au fur et à mesure, par étapes et la victoire pendant la Vuelta en fut une.
Tu appartiens à la catégorie des rouleurs et des puncheurs, penses-tu glisser vers celle des sprinteurs ?
Je fais des entrainements pour m’améliorer dans les sprints mais je n’en suis pas un. J’ai du mal à débrancher le cerveau, dans un sprint il ne faut penser qu’à soi sans se soucier des autres, moi je suis un peu peureux même si d’année en année je me sens de plus en plus capable d’aller m’y frotter, j’apprends à mieux me placer, je découvre d’autres qualités. Ma marge de progression est encore grande.
Les plus belles années arrivent, tu penses ainsi ?
(rires)… je l’espère, c’est vrai que beaucoup de grands champions éclosent vers 28-30 ans mais bon j’espère quand même faire des bons résultats avant !
Tu es né à Verdun, c’est en Meuse que tu as avalé tes premiers kilomètres. Avais-tu une boucle prédéfinie quand tu partais t’entraîner ?
J’ai débuté à Thierville, au sein de l’UST cyclisme, je faisais des boucles sur la place de la mairie (rires) et autour de Verdun. Mais à 9 ans, nous avons déménagé à Epinal, c’est là-bas que j’ai fait mes premiers gros entrainements… dans les Vosges. Au début, j’allais jusqu’à Remiremont puis à vers l’âge de 15 ans j’ai commencé à pousser vers Gérardmer et ses cols.
A t’entraîner dans les Vosges tu aurais pu rentrer dans la catégorie des grimpeurs ?
Je n’ai pas la morphologie pour y être. Je fais 1m90 pour 72 kilos, le gros cul, faut le porter dans les cols (rires).
Donne-moi quand même un col en Lorraine qui t’en a fait baver ?
La montée du Fiscal près de Remiremont ! Elle est super raide. Je me souviens d’y avoir vu certains la monter limite plateau pendant la coupe de France amateur. J’aimerais bien y retourner voir si désormais je la monte sur le plateau aussi.
Tu es passé pro en 2008, qu’as tu fait de ton premier salaire ?
Une Mini (rires)… c’était la voiture qui me faisait rêver. Je précise quand même qu’elle était d’occasion.
Maintenant que c’est ton métier, le plaisir de rouler est-il toujours le même ?
J’en prends plus désormais. J’ai gagné en technique, en endurance, en maturité, ça se répercute sur le vélo. Et puis, je viens d’un milieu modeste, je suis bien payé pour m’entraîner 25 heures par semaine, c’est une chance que je réalise tous les jours.
Tu vis désormais dans le Sud pour quelles raisons ?
Sentimentales… Juste avant de signer pro, j’ai rencontré ma copine qui vivait dans le Sud et nous nous sommes installés à Bormes-les-Mimosas. Je suis éloigné des miens mais je relativise en me disant que c’est une bonne manière de rester concentré sur ma carrière. Souvent je me demande ce que j’aurais pu faire sportivement si j’étais resté en Lorraine.
Penses-tu revenir t’y installer un jour ?
J’ai ma famille à Verdun, mes amis à Nancy et Metz. On envisage de chercher une maison en Lorraine pour s’en rapprocher, peut-être l’année prochaine. Faire le yo-yo comme Julien Absalon qui s’entraîne dans le sud mais qui revient dans la région ensuite. Six mois, six mois.
Que représente la région pour toi ?
Je ne suis pas d’un département, j’ai vécu 9 ans en Meuse, 5 ans dans les Vosges, 5 ans à Nancy, mais je tiens à cette région évidemment. Et puis j’y ai beaucoup de soutien et je sens que je fais plaisir à pas mal de gens, c’est important pour moi.
Propos recueillis par Mathieu Bonis
A propos de l'auteur : MathieuB 



