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Andromaque : retour au Racine
Andromaque : retour au Racine
Publié le
AdrienChobaut

Andromaque : retour au Racine

Jusqu'au 28 avril, la Compagnie des Transports, sous la houlette du metteur en scène François Rodinson, joue "Andromaque", célèbre tragédie de Racine. Tout en restant fidèle au texte en alexandrins, la compagnie a choisi de "dépoussiérer" ce classique pour mieux rappeler sa modernité.
Mylorraine.fr : Pourquoi ce choix de monter ce classique parmi les classiques ?
François Rodinson : C'est intéressant, d'un point de vue théâtrale, de se confronter à une
langue qui n'est pas du tout réaliste, qui est la langue de l'alexandrin puisque tout est en vers de 12 pieds. Ca m'intéresse de me dire que le théâtre peut ne pas être la réalité. Ca a à voir avec la réalité certainement, mais c'est une distorsion de la réalité, par la langue, le poème. On est à fond dans cette idée de distorsion par le poème. Ce qui est aussi intéressant, c'est de transmettre une œuvre très ancienne, du XVIIème siècle, un monument, un peu poussiéreux, un monument de la culture "bourgeoise" pour ainsi dire. On dit "il faut avoir lu Andromaque, il faut avoir lu les classiques, il faut…", comme une obligation. On l'apprend à l'école, ça gave un peu tout le monde, on le lit comme un "passage obligé". Mais ça peut aussi être un plaisir et ça peut parler, aujourd'hui, aux jeunes en particulier, à ceux qui découvrent la littérature, à ceux qui n'ont pas forcément des références "classiques" au départ. Comment rendre accessible, comment trouver une façon de dire ce texte, trouver le langage scénique pour présenter ça aujourd'hui, que ça puisse être contemporain, qu'on puisse dire "ça nous parle quand même".
M. L. : Pouvez-vous nous faire un rapide petit résumé de la pièce ?
F. R. : C'est une tragédie inspirée d'une tragédie d'Euripide, qui raconte la suite de la guerre de Troie. Le roi Hector est mort, sa femme Andromaque a été faîte prisonnière par Pyrrhus, tout comme son fils Astyanax. Il la retient prisonnière dans son palais. Et vient un ambassadeur grec qui s'appelle Oreste qui vient réclamer Astyanax. Pyrrhus refuse parce qu'il veut se marier à Andromaque. Pour être pudique, il la désire follement, il la trouve sublime, il la veut ! Mais Andromaque ne veut pas, ou plutôt, elle hésite. C'est une grande pièce d'hésitation. Car en même temps, Hermione, une grecque qui est l'amante de Pyrrhus depuis un bon moment, voit d'un très mauvais œil l'arrivée d'Andromaque. Elle fait tout pour que Pyrrhus reste avec elle plutôt que de se marier avec Andromaque. Donc, elle intrigue beaucoup. Mais en même temps, Hermione a un ancien amant, c'est Oreste lui-même, l'ambassadeur avec qui elle a eu une histoire ! Et elle-même hésite entre Pyrrhus et Oreste. Comme Pyrrhus va pour se marier avec Andromaque après hésitations, Oreste assassine Pyrrhus, à coups de couteau. Oreste revient devant Hermione, lui dit "on va pouvoir être tranquille, tous les deux", mais Hermione lui répond "tu es dingue, je t'ai dit de le faire mais il ne fallait pas m'écouter, tu n'as rien compris aux femmes, ce type était génial, je te déteste, tu me dégoûtes, je ne veux plus te voir !". Oreste, qui a déjà fait plusieurs guerres et a été traumatisé par ses campagnes, va devenir fou de se voir rejeté. Il va alors avoir les "fureurs d'Oreste", des visions, des hallucinations. Et Hermione sur le cadavre de Pyrrhus. Ne restent qu'Andromaque et son fils. Tous sont partis, fous ou morts. En ce sens, c'est une vraie tragédie.
M. L. : L'auteur cherche-t-il à délivrer un message ?
F. R. : Je ne crois pas qu'on puisse dire que Racine délivre un message, il parle de fantasmes, de troubles… il dit une chose que dit aussi Shakespeare : l'homme est complexe, il n'y a pas que le bien et le mal, que la vie est compliquée pour les humains, que ce n'est pas facile d'aimer, de régner… que tout ça est très complexe. Et quand tout se mélange, c'est encore plus complexe. L'humain a beau vouloir faire le bien, il est traversé par les passions, le désir et ça complique la donne. S'il y a une leçon à retirer, c'est une leçon d'humilité qui vient nous rappeler que nous ne sommes que des humains. Je crois que c'est ce que disent toujours les grands auteurs. Il n'y a pas chez eux de messages didactiques et puritains, mais une vision de la condition humaine dans toute sa complexité. Je crois que c'est ce que font les plus grands, dans toutes les œuvres. C'est ce qui me plait chez ces auteurs. C'est aussi pour ça que les grands auteurs restent. Cette complexité est sans fin. Comme Œdipe et le Sphynx… Qui sommes-nous ? Comment sommes-nous faits ? C'est ça qui est beau…

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