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A la lumière de Georges de La Tour

Georges de La Tour (1593 - 1652) est, avec Claude Gellée, l'autre grand peintre lorrain du XVIIème siècle. Mais si les tableaux de ce maître du clair-obscur sont exposés jusqu'aux Etats-Unis, il est tombé un temps dans l'anonymat avant d'être redécouvert.


Issu d'une famille de boulangers liée à la petite bourgeoisie locale, Georges de La Tour est baptisé à Vic-sur-Seille le 14 mars 1593 (ce qui laisse supposer qu'il est né très peu de temps auparavant). Il débute une carrière de peintre mais son parcours, et particulièrement sa formation initiale, nous sont très mal connus. Contrairement aux autres peintres de l'époque, il n'aurait pas entrepris le classique voyage en Italie pour se former. Par contre, il aurait connu le travail des hollandais Gerrit Van Honthorst et Hendrick Terbrugghen, eux-mêmes admirateurs du Caravage et tenants de l'école Caravagesque d'Utrecht, en Hollande. L'intérêt des peintres suscités pour les clairs-obscurs et pour les scènes de genre mettant en scène la vie quotidienne ou des scènes de duperies et autres tricheries renforce cette thèse.

En 1617, La Tour se marie à Vic-sur-Seille avec Diane Le Nerf, membre d'une famille noble de Lunéville. Ils s'installent dans cette ville où La Tour commence une carrière brillante sous le règne du duc Henri II de Lorraine, sans pour autant parvenir à devenir son peintre officiel, titre qui sera toujours réservé à Claude Deruet. A partir de 1631, la Lorraine subit de plein fouet les affres de la guerre de Trente ans. Lunéville est incendiée en septembre 1638 et le peintre quitte la ville pour se réfugier à Nancy. Il se rend ensuite à Paris en 1639 et reçoit de Louis XIII le titre de « peintre ordinaire du roi » ainsi qu'un logement au Louvre. Il revient par la suite à Lunéville en 1641 et peint beaucoup de scènes religieuses, probablement à cause du regain d'importance de la vie religieuse en Lorraine après la guerre. Il meurt subitement le 30 janvier 1652 lors d'une épidémie qui venait d'emporter sa femme.

Le nom de La Tour est célèbre dans l'histoire de l'art pour ses « clairs-obscurs », principe qu'il a développé en particulier dans des scènes religieuses - pour ne pas dire mystiques - à la fois très réalistes pour l'époque. Cette technique popularisée par le Caravage et reprise par Rembrandt, où se côtoient des parties éclairées et sombres, a pour résultat un contraste saisissant, non dénué de symbolique : tandis que le monde terrestre est plongé dans l'obscurité, une intrusion divine se signale par la lumière. La Tour excelle dans ce registre, avec des scènes qui n'ont pour seul source d'éclairage qu'une simple chandelle, que le peintre cache même par un autre élément du décor, ce qui accentue encore plus l'effet de surprise. On pense aussi à ces représentations de Madeleine, inspirées des « memento mori », où une femme semble songer à la vacuité de la vie devant un crâne (photo). L'une d'entre-elle a d'ailleurs inspiré au poète René Char un texte intitulé « Madeleine à la veilleuse »... Ce mysticisme est-il lié à la noirceur de l'époque ? L'artiste est contemporain du graveur nancéien Jacques Callot (1592 - 1635), dont les représentations de la guerre de Trente ans - qui vit disparaître la moitié de la population lorraine - ne sont pas des plus réjouissantes...

Réputé de son vivant, Georges de La Tour sombre ensuite dans l'oubli. Ses œuvres sont dispersées et attribuées à d'autres peintres français (parmi lesquels, ses élèves), italiens, espagnols et même à son « presqu'homonyme » Quentin Delatour, alors que son nom s'orthographie en un seul mot. Etonnant quand on sait que Delatour est un peintre du siècle suivant et que son travail n'a rien à voir avec celui du Vicois ! Le faible nombre de toiles authentifiées de sa main qui nous sont parvenues (une quarantaine) explique qu'il ait failli tomber dans l'oubli. Il fallut attendre une série de travaux et de recherches au début du XXème siècle, en particulier une exposition organisée au musée de l'Orangerie à Paris de novembre 1934 à février 1935, baptisée « Les Peintres de la Réalité en France au XVIIe siècle », pour redécouvrir son oeuvre. Certaines toiles n'ont pas encore été authentifiées et certaines ne lui ont été attribuées que dernièrement.

4 tableaux du peintre sont visibles en Lorraine : « La femme à la puce » (photo), au musée Lorrain de Nancy, musée qui compte également d'autres tableaux attribués à La Tour, son fils ou ses élèves, « Job raillé par sa femme » (photo) au musée d'Epinal, « Le joueur de vielle » au musée Charles Friry de Remiremont et « Saint Jean-Baptiste dans le désert » (photo), tableau qui se trouve au musée Georges-de-La-Tour de Vic-sur-Seille et qui a été redécouvert en 1993. Ce musée possède un riche fonds d'une centaine de peintures françaises allant du XVIIème siècle jusqu'au début du XXème siècle.

18 tableaux de La Tour se trouvent en France. Au musée du Louvre, on peut voir « L'adoration des Bergers », la « Madeleine à la veilleuse », « Le tricheur à l'as de carreau » et, à Rennes, le superbe « Nouveau-né » (photo). Enfin, il vous faudra voyager pour admirer « La diseuse de bonne aventure » (Metropolitan Museum de New York- photo), ou la « Rixe de musiciens » (Getty Center, Los Angeles), sans parler de ceux qu'on peut contempler au musée du Prado à Madrid, au Nationalsmuseum de Stockholm ou au musée national d'art occidental de Tokyo...

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A propos de l'auteur : Adrien verif

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