4 Litres 12 de rire
Voilà des années que le couple formé (à la ville comme à la scène) par Michel et Odile Massé sévit sous le nom de code « 4 Litres 12 ». La fameuse compagnie nancéienne se fait l'apôtre d'un théâtre où s'entrechoquent le burlesque et l'absurde, le rire et la dérision. En un mot, la folie. Et au vu de leur dernier spectacle « Apocalypse 12 », ça ne s'arrange pas. Tant mieux.
Leur culture de l'humour est née de leur désespoir devant l'horreur du monde, son absurdité, son vide. 4 Litres 12, pour se donner une contenance. Michel et Odile Massé ont compris qu'en grimant la planète, en lui rajoutant un nez rouge, il serait possible d'y vivre. Pour eux, le rire est aussi indispensable que l'air. A la démence, les Massé répondent par la folie et la dérision. Pour résister à la bêtise universelle, ils lancent des attaques humoristiques de masse et les attentats aux gags hilarants. Si la compagnie nancéienne devait remercier ceux qui ont inspiré leur univers délirant, même le résultat serait burlesque. On les rapproche couramment de Beckett, Ionesco, Artaud ou Dubillard, mais aussi de Buster Keaton, des Monty Pythons, des Marx Brothers, du mouvement Dada ou des délires d'un Gotlib (l'auteur de BD). Tous sont certainement présents dans l'inconscient de Michel et Odile Massé et leur ont sûrement inspiré ce style où s'entrechoquent l'absurde, le clown, le gag mais aussi des réflexions philosophiques, sinon... métaphysiques. Bref, dans les spectacles de 4 Litres 12, on rit. Et l'humour, c'est sérieux.
La signature « 4 Litres 12 » demeure la même depuis des années. Ne vous attendez pas à ce qu'ils jouent du théâtre de Boulevard (sinon pour le passer « à la moulinette »), depuis plus de 30 ans, « 4 Litres 12 » ne fait que du « 4 Litres 12 », un genre qui trouve son origine dans une interrogation de l'essence même du théâtre que la compagnie porte depuis ses débuts, et qui se concrétise dans des spectacles qui sont autant d'allégories du monde. Leurs créations naissent pour l'essentiel d'un travail d'improvisation physique et il n'est pas rare que leurs textes voient aussi le jour ainsi. La parole, acte naturel, simple et spontané, est plus authentique lorsqu'elle naît - à l'instar des spectacles - d'une nécessité intérieure et profonde. Et tant mieux si le résultat a plus à voir avec des « grommelots ». Marque de fabrique de 4 Litres 12, qui peut rappeler l'univers verbal des Deschiens, leurs textes flirtent souvent avec l'improvisation pour aboutir à un jazz théâtral où chacun s'y donne à cœur-joie.
Mais faire parler en grommelots des personnages loufoques, odieux ou complètement à-côté de la plaque n'empêche pas de poser des questions profondes, voire insolubles. Ces éléments sont encore présents dans « Apocalypse 12 », leur création 2011, « un titre que tous nos spectacles auraient pu porter », admet Odile Massé. Non, les membres de la compagnie ne cèdent pas au catastrophisme. Et non, ils ne sont pas non plus devenus des prédicateurs fous. Ici, l'Apocalypse est plus à prendre au sens littéral, celui de « révélation », une révélation que vont connaître leurs personnages. Inspirés des contes de fée, ceux-ci ne sont pas sans rappeler des personnages plus historiques. Quand les petites histoires rejoignent la grande Histoire... Plongés dans un univers surréaliste qu'ils ne comprennent pas, errant entre une forêt de cordes et un cimetière de robes, ils vont devoir distinguer ce qui est de l'ordre du vrai et du faux, du réel et de l'irréel, de la vérité et du mensonge. Une simple question de point de vue ? L'opportunité pour eux de se regarder en face, et le monde avec... Mais l'image renvoyée par le plus parfait des miroirs n'est jamais rien d'autre qu'une image...
Tél : 03 83 35 57 10
Mail : 4litres.12@wanadoo.fr



