" Ici d'ailleurs… " fête 15 ans de passion
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AdrienChobaut

" Ici d'ailleurs… " fête 15 ans de passion

Peu de labels auront eu la chance de fêter leurs 15 ans en ces temps de crise du disque. Internationalement reconnu, le label nancéen "Ici d'ailleurs…" est pourtant toujours là. Son histoire est intimement liée à la passion de son fondateur Stéphane Grégoire pour la musique et le disque…

Des disques en pagaille, sortis de leurs pochettes, de leurs cartons... Dans les petits locaux du label "Ici d'ailleurs…", on nage parmi les CD, pressés ou gravés, les vinyls… Il y en a même un doré, encadré au mur. Ici, on vit par et pour le disque. Et on travaille en musique. Une question de passion. 20 ans après ses débuts dans la profession, celle de Stéphane Grégoire, directeur artistique du label, est intacte. Consommateur insatiable depuis sa jeunesse, "drogué aux disques" comme il l'avoue lui-même, il connaît la musique. Un univers dont il a approfondi la découverte quand, d'acheteur compulsif, il est passé de l'autre côté du comptoir avant de se former auprès d'un petit distributeur indépendant, Semantic. Jusqu'au jour où l'idée lui prend de lancer son propre label. Là, un autre acteur du disque en Lorraine lui transmet la cassette d'un jeune musicien multi-instrumentiste de Rennes qui cherche un producteur. On est en 1995. Stéphane, qui fonctionne à l'affect - et le revendique - a un coup de cœur pour ce musicien qui propose alors des morceaux écrits pour une compagnie de théâtre : l'homme se nomme Yann Tiersen. "Un artiste comme on en voit un tous les 50 ans, et encore…" Stéphane fonce chez son banquier, monte sous statut associatif "Sine Terra Firma" ("Sans Terre Ferme") et produit les deux premiers disques du breton : "la Valse des Monstres" et "Rue des Cascades", dont une moitié est enregistrée au studio du CCAM de Vandoeuvre.

Yann Tiersen – Comptine d'été n° 3

Ses deux premières années de travail seront essentiellement consacrées au développement de son jeune poulain. Pour la parution du troisième album de l'artiste, "Le phare", l'entreprise a les coudées suffisamment franches pour se transformer en société. Elle prend alors le nom d'une compilation qui sera le dernier disque sorti par le proto-label : "Ici d'ailleurs…", un nom comme un manifeste pour revendiquer une ouverture tant musicale que géographique, la défense d'artistes originaux et de qualité. Une ligne directrice dont "Ici d'ailleurs…" ne dérogera pas, quitte à dérouter parfois ceux qui attendent d'un label une esthétique musicale précise et immuable. Car Stéphane aime tous les genres musicaux et sa soif de découverte n'a jamais été rassasiée : musiques industrielles, musiques électroniques, musiques contemporaines, jazz, hip-hop... Mais pas n'importe lesquelles non plus. Issu du "rock indé", il n'a jamais perdu de vue l'éthique qui est celle de ces artisans passionnés par le son plutôt que par le bénéfice, par la qualité artistique plutôt que par l'esbroufe marketing. Autrement dit, ne lui envoyez pas votre maquette si vous êtes fan de Lady Gaga et que vous ne connaissez pas quelques uns des artistes qui constituent ses références…

This immortal Coil – The dark age of love

En 2001, "Ici d'ailleurs…" va se retrouver embarqué un peu par hasard dans l'aventure "Amélie Poulain". En passant un dimanche au bureau, Stéphane reçoit un coup de téléphone. Au bout du fil, un homme qui prétend être Jean-Pierre Jeunet (le réalisateur vient de découvrir l'album "Rue des Cascades" dans la voiture de l'un de ses assistants), et qui demande avec insistance à parler à Yann Tiersen...  Le début d'une histoire folle qui va catapulter le musicien brestois sur le devant de la scène et considérablement aider "Ici d'ailleurs…" qui détient encore les droits d'édition de l'artiste. Dès lors, plutôt que de s'endormir sur ses lauriers, le label va alors miser sur le développement de nouveaux artistes. Aucun ne connaîtra un succès aussi considérable que celui de Tiersen, partie émergée de l'iceberg, mais beaucoup tireront leur épingle du jeu, avec le temps, et obtiendront un vrai succès d'estime ou la reconnaissance de la presse spécialisée. De toute façon, de nos jours, aucun artiste ne vit du disque qui est plus une "super" carte de visite, un outil qui sert à trouver des débouchés tels que les concerts.

Matt Elliott – I name this ship The Tragedy…

En 15 ans, "Ici d'ailleurs…" a produit près de 80 disques, soutenu une quarantaine d'artistes ou de formations dans des registres très variés : pop orchestrale, post-rock, chanson, hip-hop, musiques électroniques, d'autres plus difficilement catégorisables… Stéphane entretient des relations quasi-fraternelles depuis des années avec la plupart d'entre eux, des artistes avec qui il partage sa vision de la musique. Il en va ainsi de l'anglais Matt Elliott, connu un temps comme tête pensante de Third Eye Foundation qui aujourd'hui vit en France, évolue dans un registre plus "chanson" avec sa guitare, ou du messin Chapelier Fou que Stéphane a vite pris sous son aile. Lorsqu'il parle de ces deux artistes, qu'il confesse écouter en boucle le nouvel album du Chapelier ("Invisible") sorti ce mois-ci, on comprend qu'il est leur premier fan…

Chapelier Fou – Invisible (trailer)

Plus que jamais, Stéphane Grégoire se voit comme un acteur du développement de ses artistes. Son rôle : graver leur propos, accompagner ceux qu'il estime pour leur qualité d'écriture, leur propos, leur univers (souvent cinématographique), leur sensibilité… et leur humanité. La quarantaine sereine, lui qui a toujours préféré rester discret pour mieux défendre ses groupes, assume ses choix. Il a pu constater que c'est en (s') investissant dans les projets qui lui tenaient le plus à cœur qu'il a finalement obtenu ses plus belles réussites. Ce fut le cas pour "This immortal Coil", disque hommage au mythique groupe anglais électro-indus "Coil", un projet longtemps mûri dans la tête du directeur artistique qui a sollicité pour l'occasion une flopée d'artistes ayant travaillé avec lui. Dans la foulée, il a convié Oktopus (DJ de l'excellent groupe de hip-hop "Dälek") de fonder un projet hip-hop résolument revendicatif avec le chanteur de "Kill the Vultures" et deux batteurs de ses connaissances pour fonder "Numbers not names". Un nouveau projet à découvrir mercredi 4 avril, dans le cadre du mini-festival organisé pour fêter les 15 ans du label, avec Matt Elliott, "Mein Sohn William" et "Manyfingers", les deux dernières signatures du label.

Numbers not names

Découvrez l'ensemble des artistes sur les sites du label :
www.icidailleurs.com
www.myspace.com/icidailleurs

http://icidailleurs.bandcamp.com
Crédit photo : Anthony Picoré

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