Vous êtes dans :

Arbitrage : le lorrain Benoît Bastien a rejoint l’élite !

Ascension fulgurante pour Benoît Bastien qui en 2007 arbitrait sur les terrains de Division d’Honneur. Ce vosgien, originaire de la commune de Menil-sur-Belvitte, a gravi un à un les échelons, pour parvenir jusqu’en Ligue 1, où il est devenu officiellement, à 28 ans, le plus jeune arbitre de l’Elite. Professeur d’EPS dans un collège de Seine-Saint-Denis, Bastien Benoît a répondu aux questions de Mylorraine.fr… par téléphone.
Mylorraine.fr : Alors ! Première impression avec un petit peu de recul ?
Benoît Bastien : Ça n’a rien changé à mon quotidien, c’est sûr que c’était un objectif et le voilà atteint. C’est vrai que la joie est un peu plus importante à chaque fois que je monte un échelon.
ML : Comment l’avez-vous appris ?
B.B. : J’ai appris ça le mardi 7 juin, le jour de l’annonce des résultats sur Internet, les résultats sont sortis à 19 h et j’ai découvert mon accession en Ligue 1. J’ai vu que mon téléphone commençait à sonner et dans la foulée il y a eu confirmation sur le net.
ML : Que vous a dit votre illustre prédécesseur Alain Sars ?
B.B. : Alain Sars était ravi pour moi et pour la Lorraine, mais aussi Stéphane Villemin président du CRA (Centre Régional de l’Arbitrage). Ils ont fait depuis plusieurs années, un gros travail durant lequel ils ont misé sur les jeunes et ça a payé, me voilà en Ligue 1.  A noter qu’il y aussi un autre arbitre lorrain Thomas Léonard qui vient de monter en Ligue 2, ainsi que d’autres jeunes arbitres prometteurs dans les divisions inférieures.
ML : Des conseils ont-ils été donnés de sa part ?
B.B. : Oui et de très bons! Si je suis arbitre à ce niveau-là, c’est parce que je dois énormément à l’arbitrage lorrain, c’est grâce à leur travail (celui d’Alain Sars et de Stéphane Villemin) mais bien sûr je pourrai en citer des dizaines qui travaillent en dessous d’eux, ce qui est sûr c’est que tous m’ont permis de progresser et je leur dois beaucoup.
ML : Toutefois vous ne sortez pas non plus d’une feuille de choux, vous avez malgré votre jeune âge accumulé de l’expérience ?
B.B. : Oui, ça fait deux ans que je fais quatrième arbitre en Ligue 1, les matchs je les ai déjà vécus de l’intérieur en étant moins exposé, je ne suis pas arrivé en milieu inconnu. J’y arrive avec déjà des idées même si désormais je ne suis pas à l’abri d’un match difficile et de voir mes prestations plus décryptées en raison de la plus grande exposition médiatique.
ML : Etre arbitre de l’élite, est-ce rentrer dans une corporation à part entière dans le monde du football ?
B.B. : On ne se considère pas comme une corporation à part, nous sommes très ouverts. De surcroit, des actions sont organisées de manière à ce que l’on se rapproche un peu plus des clubs. En début de saison tous les clubs de ligue 1 sont visités par un arbitre, moi j’étais à Nancy pour présenter les consignes, les nouveautés en terme d’arbitrage de façon à travailler avec un peu plus de prévention en amont pour sanctionner le moins possible en début de saison. Ça permet de créer des échanges.
ML : L’arbitre et ses décisions sont parfois sujets à polémique auprès des spectateurs, des joueurs mais aussi des journalistes, vous paye-t-on des cours de yoga pour mieux prendre ses flots de critiques (rires) ?
B.B. : (Rires)… Nos prestations comme celles des joueurs, des entraineurs sont hyper exposées, décortiquées, critiquées, c’est le jeu, il faut s’avoir l’accepter. Nous sommes les premiers à faire notre autocritique, une demi-heure après la fin du match, nous recevons le DVD du match et on s’analyse. Nous sommes décortiqués aussi par un arbitre qui regarde notre prestation. La critique avant de la voir dans les journaux, nous l’avons déjà faite, mais d’un point de vue purement arbitrale. Dans la presse, les gens ne sont pas toujours des spécialistes, on ne peut pas empêcher les gens d’écrire des choses, le reste…
ML : Votre avis sur l’aide vidéo à l’arbitrage ?
B.B. : Mon avis…c’est simple, si je décide de siffler pénalty et que la vidéo confirme ma décision, c’est très bien sauf que… la vidéo ne s’appliquera jamais aussi simplement que ça car le football est un sport lié à l’interprétation.  Un exemple, le ballon a frappé la barre, il a rebondi sur la ligne, est-il rentré ou pas ? Là, dans ce cas, je dis oui tout de suite à la vidéo. Car la décision au final, ce sera soit blanc soit noir. Ce qui veut dire donc qu’il n’y a pas de décisions intermédiaires. Tout est clair. Sauf que si vous mettez la vidéo dans la surface de réparation, on tombera sur des cas où l’interprétation différera, un tacle, une main… La vidéo peut apporter dans certains cas oui, mais dès  l’instant que ça concernera des faits de jeux comme des duels, des contacts, la vidéo ne pourra les solutionner et ça restera lié à l’interprétation de l’arbitre. C’est mon point de vue.
ML : Une mesure que vous aimeriez apporter - si vous le pouviez - pour assainir parfois les matchs ?
B.B. : J’ai pratiqué pas mal de sports et si je compare avec d’autres sports collectifs comme le rugby, le handball ou le basketball même si on voit apparaître avec l’argent beaucoup de comportements contestataires, dans ces trois sports co’, on est quand même encore loin de ce que l’on voit dans le foot aujourd’hui. Maintenant l’avantage de ces trois sports là, c’est que le règlement protège les arbitres, ils ont des armes pour se faire respecter un peu plus. Au rugby on peut faire reculer l’équipe de 10 mètres. Au handball, un joueur parle haut, hop, deux minutes dehors.  Au basket, un joueur l’ouvre, hop, des lancers-francs. Ça permet au joueur de se rendre compte de sa faute sans pénaliser fortement toute l’équipe. Au football, vous mettez un joueur dehors, ça fait quasiment le match et l’on devient le responsable encore une fois. Si on avait par exemple une règle qui, après un propos véhément d’un joueur le fait sortir cinq minutes, ses coéquipiers le ressentiront et la prochaine décision, il y aurait moins de contestations.
ML : Un système de prison comme en hockey sur glace ?
B.B. : Par exemple… ce sont des pistes qui ont déjà été évoquées… oui peut-être le règlement pourrait être fait d’une autre façon.
ML : Vous enseignez le sport dans un collège de Seine-Saint-Denis, le contact avec les élèves peut-il avoir des similitudes avec celui que vous avez avec les joueurs pendant les matchs ?
B.B. : Il y a énormément de parallèles entre arbitrer un match de foot et gérer une classe au quotidien, l’un me permet d’être meilleur dans l’autre. Passer six heures de cours avec des élèves de Seine-Saint-Denis, on rentre le soir, on est lessivé. Comme on l’est après une heure trente de match sans avoir lâché le ballon. La même concentration.  Et il est vrai que le quotidien de prof’ en Seine-Saint-Denis me permet de relativiser et de prendre quelquefois du recul.
ML : Le match que vous aimeriez arbitrer ? On pense à des matchs internationaux forcément ?!
B.B. : Pour un arbitre de mon âge qui est arrivé en Ligue 1, logiquement la suite c’est de partir à l’international, l’écusson d’arbitre international est la prochaine marche. C’est une étape envisageable mais ce n’est pas pour cela que je la vivrai un jour, l’année prochaine je peux être relégué en Ligue 2, tout va très vite. Mon objectif est de prendre les matchs un par un, il n’y en a pas un qui me fait plus plaisir qu’un autre. On peut prendre énormément de plaisir, comme durant mon premier match Brest-Evian-Thonon, avec quatre buts dans la première mi-temps, un rythme soutenu, pas de joueurs contestataires, mes décisions ont été bien acceptées. Ce n’est pas l’affiche qui fait le plaisir, il faut que le match soit terminé pour dire « Ca c’était un bon match ! ».
ML : Etant vosgien d’origine, avez-vous une préférence pour les clubs de l’Est, je pense à l’ASNL… ?
B.B. : Non, non… je n’ai pas de club fétiche, je ne peux pas arbitrer Nancy car j’appartiens à la ligue Lorraine, c’est interdit afin d’éviter les systèmes d’appartenance et soulever polémiques et soupçons.
ML : Aimeriez-vous revenir vivre en Lorraine ?
B.B. : J’espère être muté à la fin de l’année prochaine sur le territoire lorrain même si malheureusement je sais qu’au regard de l’évolution de la fonction d’arbitre, il va être de plus en plus dur pour moi de concilier les deux. La préparation d’un arbitre de ligue 1 et ligue 2 et celle d’un sportif de haut niveau avec ses exigences, c’est un métier, je ne pense pas que je pourrai faire prof d’EPS encore trop longtemps, même si mon métier d’enseignant participe à mon équilibre.
ML : Qu’arbitrez-vous ce week-end?
B.B. : Caen contre Toulouse…
Propos recueillis par Mathieu Bonis
Membre
A propos de l'auteur : MathieuB verif

Commentaires


Mylorraine vous présente l'agenda des sorties en Lorraine à travers ses différents lieux culturels : théâtres, opéras, musées, bars, discothèques, restaurants, hôtels, parcs.
Retrouvez toute l'actualité en Lorraine et les évènements en Lorraine : soirées, concerts, spectacles, expositions, évènements sportifs.


Valid XHTML 1.0 Transitional